Garth Brooks, le cowboy qui a braqué l’Irlande

Bonjour à tous,

 

Pour changer je vais vous parler de l’Irlande, et plus précisément de ce qui fait la une de TOUS les journaux, sites internet et JT du pays depuis plusieurs jours. La coupe du monde ? Non. Le conflit israélo-palestinien ? Tu penses. La guerre en Syrie ? Faut pas charrier.

Non, ce qui fait les gros titres et alimente l’unique conversation du pays, ce sont les 400 000 billets vendus pour une série de concerts. Les Stones, U2 ou Pink Floyd ? Vous n’y êtes pas, voyez plus grand. Il s’agit de la venue de l’artiste qui a vendu le plus de disques aux États-unis, juste derrière Elvis et les Beatles. Bon cette fois, vous voyez de qui je parle…

GARTH BROOKS, évidemment !!! Comment ça, jamais entendu parler ? Le plus grand chanteur de country music au monde !

Bon j’arrête de vous prendre pour des jambons. Je n’en avais jamais entendu parler non plus. (Cliquez sur l’image pour écouter son plus grand tube. À vos risques et périls.) Le mec a eu un succès monstre en Irlande dans les années 90, ne me demandez pas pourquoi. Et après une courte période dans les années 2000 pendant laquelle il n’a ni enregistré d’albums ni fait de concerts (mais a continué à vendre des semi-remorques d’albums), notre cowboy grassouillet a décidé de rechausser les bottes et le chapeau et de remonter sur scène. Gros succès. À tel point qu’il a décidé d’aller rendre visite au second pays qui l’adule – l’Irlande – pour deux concerts dans le stade mythique Croke Park à la fin du mois de juillet.

 

Laissez-moi vous dire quelques mots de Croke Park, car ce stade historique en plein centre de Dublin (rive Nord), est aussi au centre de notre histoire qui va devenir affaire d’État. Construit à la fin du XIXème siècle, le stade devient en 1913 le temple des sports gaéliques en Irlande. Je ne vous parlerai pas des sports gaéliques aujourd’hui, il y aurait beaucoup à dire, sachez simplement que le football (gaélique, différent de notre football) et le hurling (sorte de hockey sur gazon) sont les sports les plus populaires du pays, encore aujourd’hui. Croke Park est rentré dans l’histoire, car il fut le théâtre du tristement célèbre Bloody Sunday de 1920, en pleine guerre d’indépendance de l’Irlande, quand les forces britanniques ont fait irruption dans le stade, tirant au hasard dans la foule et tuant 13 personnes. Deux ans plus tard, la République d’Irlande était née, et Croke Park devenait l’un des grands symboles de l’indépendance. Après de nombreuses rénovations, le stade atteint sa capacité actuelle de… 82 000 places. Et encore, la tribune historique où le massacre a eu lieu est restée « en l’état ». Le stade appartient à la puissante et influente GAA (association des sports gaéliques) et reste exclusivement réservé aux sports non-britanniques (le foot et le rugby sont priés d’aller jouer ailleurs : à l’Aviva Stadium, anciennement connu sous le nom de Lansdowne Road). Mais bon, les principes, c’est déjà pénible d’en avoir, si en plus il faut s’y tenir… la GAA loue également le stade pour accueillir des concerts de « grands » artistes : U2, Elton John, Robbie Williams, etc. (Notez que les artistes britanniques sont les bienvenus, hein.) En mai 2014, le groupe pour gamines pré-pubères One Direction a ainsi joué 3 soirs de suite (c’est un détail qui va avoir son importance).

Il se trouve que notre fringuant cowboy avait été le deuxième artiste de l’histoire à jouer à Croke Park (après Tina Turner) en 1997. Et quel meilleur endroit pour son grand retour sur l’île verte en juillet que Croke Park ? Les billets mis en vente il y a de ça quelques mois se sont écoulés en moins de 20 minutes. 160 000 billets à environ 70 € pièce. Face à ce succès et à la grogne de nombreux fans n’ayant pas pu se procurer de places, Brooks et son promoteur irlandais Jim Aiken décident de programmer un troisième concert. Rebelote, votre serviteur a vu les gens camper devant le guichet de TicketMaster et la longue file d’attente déjà formée à 8h du matin. Pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Une quatrième date est annoncée, puis une cinquième. Du jamais vu, 400 000 places sont vendues, les hôtels affichent déjà complet, c’est le jackpot et les répercussions sur l’économie locale sont estimées à 50 millions d’euros (fourchette basse).

Bon alors ? Quel est le problème ? Tout le monde est content, non ? Garth Brooks et son promoteur viennent d’encaisser l’équivalent du PIB du Sénégal, la GAA a loué son stade pour 5 soirs de suite, les fans vont pouvoir applaudir leur idole, les hôtels et les restos vont se gaver et d’une manière générale, c’est toute l’économie de la ville de Dublin qui va profiter directement ou indirectement de l’événement. Oui mais voilà, un petit groupe de citoyens ne partage pas des masses l’euphorie générale, voire pas du tout. Qui sont-ils ? Eh bien souvenez-vous, j’ai indiqué que Croke Park se trouvait en plein centre ville de Dublin, et pour être plus précis dans une zone résidentielle. Plus de 20 000 foyers sont situés à proximité de l’enceinte en question. Et la perspective de voir débouler 400 000 personnes sur cinq jours dans le quartier ne les rend vraiment pas jouasses.

Oh bah ça va, 5 concerts c’est pas la mer à boire, ils peuvent faire un effort, non ? Le problème c’est que des efforts, ils en font déjà pas mal toute l’année : toutes les rencontres de football/hurling à Croke Park se font à guichets fermés et chaque été, la phase finale des coupes d’Irlande se déroule devant leur porte. Ajoutez à ça que les multiples rénovations et agrandissements du stade au fil des ans ont apporté leur lot de nuisances visuelles et sonores. La pilule ayant du mal à passer, les résidents se sont regroupés en association, la Croke Park Area Residents Alliance. En 2009, la CPARA obtient un accord passé avec la GAA et la mairie de Dublin, stipulant qu’un maximum de 5 concerts par an seraient autorisés à Croke Park. Or, rappelez-vous les gamins de One Direction ont déjà joué 3 concerts en mai. Il ne reste donc plus que deux dates possibles pour le père Brooks.

C’est donc tout naturellement que les résidents ont commencé à dire qu’il fallait tout de même pas les prendre pour des truites et ont menacé de saisir la justice pour faire annuler les concerts. Ils ont néanmoins laissé entendre qu’ils étaient disposés à accepter la troisième date. Mais pas cinq. Faut pas pousser Mémé dans le rôti de porc à la sauce aux pommes (délicieux, je vous le recommande). Sachant que si les résidents mettaient leur menace d’aller devant la justice à exécution, la ville de Dublin et la GAA allaient prendre cher . Très cher. Un médiateur est donc nommé en urgence le 6 mars 2014. Les discussions sont tendues et aucun accord n’est trouvé.

Il faut rappeler que tout événement public, en particulier d’une telle ampleur, est soumis à autorisation de la mairie. Et à la surprise générale, le 3 juillet 2014, la ville de Dublin donne son feu vert… pour seulement trois concerts sur les cinq. C’est depuis lors que l’affaire ne quitte plus la une des journaux. Se posent maintenant les questions du remboursement des places déjà vendues pour la quatrième et cinquième date et la grogne des fans s’estimant lésés grandit. Mais les événements vont encore connaître quelques rebondissements. Et pas des moindres.

Qu’en dit le principal intéressé, notre cowboy stratosphérique ? Eh bien, il ne faut pas oublier que Garth Brooks est avant tout un pur produit commercial, une machine à fric créée de toutes pièces (le gus a été fait punk, puis rockeur sans succès, avant d’occuper la scène country avec le succès phénoménal qui est le sien. Niveau artiste authentique, on repassera). Le problème, quand on met un bâton dans les roues d’un rouleau-compresseur économique américain, c’est la proportionnalité de la réponse. Le 6 juillet 2014, comme le chantait Nougaro, là c’est du mastoc, c’est pas du Ronsard, c’est de l’amerloque : « J’annule tout, c’est cinq concerts ou rien ». Le choc. Et cette fois pour tout le monde, même pour les résidents qui disent ne pas comprendre la décision : ils n’ont jamais voulu faire annuler tous les concerts, seulement que cela reste dans le cadre de l’accord signé. La souffle barbare se propage, les résidents reçoivent des menaces de mort, la presse les accuse d’être une petite minorité qui nuit gravement au bien commun et surtout, surtout, de nuire à la sacro-sainte économie locale en privant Dublin d’une pluie de dollars. Bref, qui veut la peau des résidents, qui veut leur trancher le lard, façon jambon d’York.

La presse se fait l’écho des fans qui devront maintenant se faire rembourser – mais quand ? – regrette l’image déplorable de la gestion de l’affaire , le manque à gagner colossal pour l’économie… Les commentaires sur le web sont (encore à l’heure où j’écris ces ligne) assassins. Le 9 juillet 2014, le premier ministre Enda Kenny prend la parole, affirmant qu’il n’était pas question de légiférer dans l’urgence, mais qu’il ferait tout pour que les concerts aient lieu. Comprenez « je peux rien faire, les accords sont signés, mais la population est furieuse et je veux pas qu’on m’accuse de rien vouloir faire ». L’opposition monte au créneau en disant que s’ils étaient au pouvoir, l’affaire serait déjà réglée et que les concerts auraient lieu, que chaque citoyen recevrait un (gros) bateau, etc. L’ambassadeur du Mexique en Irlande propose de faire jouer ses contacts, il est même suggéré d’en appeler à Obama pour convaincre Brooks de venir. Oui, à ce point-là. La Maison-blanche a tout de même répondu qu’il n’était pas prévu de s’immiscer dans cette affaire. Il parait qu’ils ont d’autres chats à fouetter.

Le cowboy campe, pas dans les plaines du far-west, mais sur ses positions. Cela n’empêchant pas les sentiments, il adresse une lettre poignante à son promoteur et au peuple irlandais, évoquant son cœur brisé et son espoir que les autorités fassent tout leur possible pour que les cinq concerts aient lieu. Moyen d’en remettre une couche, se poser en victime et mettre les autorités dans une situation difficile. Quand je vous disais que c’était pas des rigolos.

 

À l’heure où vous lisez ce billet, telle est la situation. Je ferai des mises à jour si nécessaire, car il est très probable que l’histoire n’en reste pas là. Néanmoins, il me semble que l’on peut déjà se poser quelques questions :

– Pourquoi avoir vendu des billets sans attendre le feu vert des autorités ? C’est apparemment courant : tous les billets vendus en Irlande (et ailleurs ?) portent la mention « sous réserve d’autorisation ». Rien d’anormal de ce côté-là.

– Les organisateurs étaient-ils au courant de l’accord passé avec les résidents ? Le contraire paraît assez improbable. Le promoteur a négocié avec les dirigeants de la GAA pour la location du stade, il me semblerait étrange qu’ils n’aient pas mentionné l’existence de cet accord. Ou peut-être ne l’ont-ils pas fait dans le but d’engranger un max ? Ou peut-être les deux parties étaient-elles au courant mais ont délibérément continué à programmer des concerts en espérant que la pression soit trop forte et que l’accord saute ? C’est le plus probable, d’autant que Jim Aiken est irlandais et que c’est pas un petit nouveau dans le milieu : il a produit les concerts de Springsteen, Dylan, Elton John, etc. Il prétend néanmoins que la mairie de Dublin ne l’a jamais prévenu de la possibilité de ne pas autoriser les cinq concerts. Bluff ou la mairie a-t-elle aussi sous-estimé la détermination des résidents à faire valoir leurs droits ?

– Pourquoi tout annuler et ne pas au moins jouer les trois concerts autorisés ? Parce que le père Brooks, il est pas né de la dernière pluie. Il a bien compris qu’il tenait tout un pays par les roubignoles. Pensez-vous : 400 000 spectateurs, c’est pas grand-chose, on est d’accord ? Eh bien figurez-vous que c’est pas loin de représenter 10 % de la population irlandaise !!! Vous comprenez mieux le malaise ? Et pourquoi les politiques interviennent ? C’est autant d’électeurs, plus tous les commerçants, restaurateurs, etc. La mairie de Dublin a le même problème : aucune envie de se mettre à dos 20 000 résidents, et encore moins de se retrouver devant le juge pour ne pas avoir respecté ses accords. Mais il y a aussi la carotte des 50 millions d’euros qui ne vont pas être injectés dans l’économie, et ça, surtout depuis le retrait de la perfusion européenne, ça a beaucoup de mal à passer. Brooks a donc une carotte et un bâton, et il est fort probable que l’annulation pure et simple ne soit qu’un gros coup de bluff(alo bill) destiné à faire plier les pouvoirs publics. La raison invoquée pour ne pas jouer 2 ou 3 concerts est que ce ne serait pas rentable. Et là permets-moi de te dire, Gary, que si jouer deux concerts d’affilée avec 170 000 spectateurs payant 70 € par tête n’est pas rentable, change de promoteurs, ils sont en train de t’escroquer bien comme il faut.

Il ne fait aucun doute que l’histoire va encore évoluer (un nouveau médiateur va prendre les choses en main), et cela ne m’étonnerait pas qu’une reculade générale ait lieu : les politiques sont sous pression, les résidents aussi. Les Irlandais sont très partagés entre le respect des accords signés et le coup de pouce à l’économie non négligeable. C’est malheureusement le quotidien en Irlande : les lois ne sont que peu appliquées et deviennent à géométrie variable selon le montant du chèque que les investisseurs font miroiter. Vous allez me dire que c’est partout pareil. Peut-être, mais en Irlande, c’est flagrant. Je suis bien évidemment favorable à tout ce qui peut favoriser l’économie (locale ou pas), mais certainement pas à n’importe quel prix. Peu importe le montant du chèque, je ne pense pas que cela vaille le coup de ne pas respecter les accords passés entre la population et les collectivités. Pour tous les maniaques de l’austérité, voilà l’une des conséquences de maintenir en permanence les états au bord du gouffre : tout est bon pour prendre l’oseille très vite… quitte à ignorer ses propres lois et engagements.

 

[Coup de gueule] Adieu Marianne

Bonjour à tous,

 

Les apparences sont trompeuses. Tenez, par exemple, le fait de n’avoir rien publié depuis un moment pourrait faire croire que je délaisse ce blog et ne trouve plus rien à vous dire, expliquant pourquoi je ne parviens pas à publier un billet par semaine comme prévu. Mais non. Que nenni. J’ai plein d’articles dans mes cartons. J’en ai un nouveau sur le cinéma, une recette de cuisine qui va vous épater, l’avenir du sport automobile…

Et pourtant, ces billets presque achevés devront rester dans les cartons un petit moment, parce qu’hier soir je suis tombé sur un article qui m’a fait fermer l’application Marianne, mais ouvrir ma gueule.

Oui, le magazine Marianne, jusqu’alors mon magazine préféré, celui que je ne manquais jamais d’acheter à l’aéroport lors de mes rares passages par notre beau pays des fromages qui puent, celui dont le site internet a bien 10 ans de retard, mais que je continuais à consulter de temps en temps à défaut de pouvoir acheter la version papier, celui fondé par Jean-François Kahn et Maurice Szafran, aujourd’hui dirigé par Joseph Macé-Scaron, ce magazine n’est pas celui que je croyais.

Tenez, prenez leur couverture de cette semaine :

Europe, chômage, économie, Alstom, LE RETOUR DE LA PENSÉE UNIQUE, arrêtez de nous dire qu’il n’y a pas le choix !

Voilà le genre de pensée qui anime Marianne, l’anti TINA (there is no alternative – il n’y a pas d’alternative), les idées divergentes, le débat contradictoire (le vrai, pas celui de la télé), pas d’idéalisme mais des idéalismes… Non, je déconne, Marianne c’est le bordel. Torchon de gauchistes pour les gens de droite, de larbins du capitalisme qui ne s’assument pas pour les gens de gauche (les vrais, pas ceux du PS), de « dans le premier train pour la Pologne lorsque nous serons au pouvoir » pour nos amis les bêtes du FN. Il faut reconnaître qu’au sein de la rédaction, les convictions divergent (je résisterai à la tentation du jeu de mot facile) : en 2007, sous l’impulsion de JFK (J-F Khan, hein) le journal soutenait la candidature de Bayrou, en 2012, un vote interne place Hollande en tête (40 %), suivi de Mélenchon (32 %) et enfin Bayrou et Dupont-Aignan à égalité à 8,3 %. Ces divergences faisaient le sel du magazine, d’une page à l’autre, au détriment d’une ligne éditoriale claire, mais au profit d’un sentiment de pluralisme de la pensée pour le lecteur. Évidemment, le magazine papier comme le site internet se sont cassés la gueule, victime entre autres de ce mélange des genres difficile à canaliser. C’est d’autant plus flagrant depuis le départ de JFK et son ralliement au Modem. On peut ne pas aimer le mec, mais il a le mérite d’être cohérent… lui. Après plusieurs revirements à la tête de la rédaction, on sent poindre une idéologie commune, et c’est là le cœur de mon chagrin d’amour : le populisme europhobe.

Je ne vais pas vous mentir et vous le savez sans doute, je suis un europhile, un eurobéat, un euro-neuneu et tout autre sobriquet que l’on aime à donner aux gens comme moi à (l’extrême) gauche comme à (l’extrême) droite. Là n’est pas le problème, je ne suis pas idiot au point de penser que l’Union européenne est parfaite en l’état et qu’il n’y a rien à changer, bien au contraire et comme TOUT LE MONDE. J’ai le même avis sur la France, la région PACA, les Bouches-du-Rhône ou mon village d’origine. J’ai simplement la conviction que ce n’est pas en rejetant le système que l’on améliorera le sort des Européens (en effet, je pense aux Européens dans leur globalité et je me fous du sort de la France dans son coin si ce n’est pas dans un contexte global) et que l’on parviendra à créer l’Europe des peuples. Mais encore une fois, ce n’est pas le débat, j’accepte en bon démocrate la contradiction eurosceptique et je ne crois évidemment pas détenir la vérité absolue.

Par contre il y a quelque chose que je n’accepte pas, quelque chose qui me fout hors de moi, quelque chose qui fait que j’ai les dents du fond qui baignent et c’est cela :

http://www.marianne.net/Vote-biloute-vote-_a238628.html

Cet article est signé d’un certain Kévin ERKELETYAN, journaliste à Marianne et ancien de Science (pi)po Bx (Bordeaux, j’imagine ?) et CFJ (école de journalisme parisienne, je présume) selon son profil Twitter. Comme dirait Jodorowski, je vous fais el topo (vous l’avez ?) :

L’association Européens sans frontières a lancé une campagne de lutte contre l’abstention aux élections européennes en diffusant des petites vidéos mettant en scènes des personnalités françaises  bénévoles (Dany Boon, Guillaume Galienne, Kyan Khojandi, etc.) incitant les citoyens à voter. Je ne jugerai pas de la qualité des dites vidéos, ni de leur impact (diffusées sur Euronews et BFM TV, tu parles d’une propagande…) ni des textes.

K.E. parviendrait presque à faire passer son billet pour un article d’investigation à la Mediapart. Il révèle, sous vos yeux ébahis, que cette association est financée à 40 % par la Commission européenne. Non vous ne rêvez pas, la CE finance une association faisant campagne pour inciter les gens à voter, et en plus en disant du bien de la construction européenne !!! Vous ne tombez pas de votre siège à la lecture de cette révélation fracassante ? Non, moi non plus.

Par contre accrochez-vous pour la suite, gardez une bassine à proximité et éloignez les enfants.

Nouvelle déclaration choc : « (…) une association qui milite… pour le droit de vote des étrangers communautaires, à toutes les élections, y compris nationales, du pays dans lequel ils résident ». Donc en gros une association qui milite pour quelque chose qui est déjà en place (droit de vote en France des citoyens européens aux élections locales) et comble de l’horreur qui voudrait les faire voter aux élections générales du pays où ils résident, paient leurs impôts, où ils élèvent leurs enfants, etc. Et on ne parle pas de tous les étrangers, mais des citoyens européens. Pour un journal de gauchiste, la prise de position contre le droit de votes de étrangers, même communautaires, est pour le moins surprenante… mais s’il n’y avait que ça.

Je passe sur les petites piques rappelant l’inclinaison fédéraliste de l’association en question (il faut croire que c’est un gros mot), ou la critique de Jean-Christophe Victor (présentateur de la magnifique émission « Le dessous des cartes ») qui, selon l’auteur, a « fini par en oublier les frontières ». On comprend bien que K.E. n’est pas vraiment un militant de l’Europe des peuples sans frontières, main dans la main et autres joyeusetés qui étaient autrefois au cœur de l’idéologie de gauche. Ça ne me pose pas de problème, ceci dit (Brahim – et celle-là vous l’avez ?), encore une fois, c’est plutôt là le discours de Dupont-Aignan – pour ne pas aller un poil plus à droite.

Puis vient le bouquet final, en deux parties, tenez-vous bien :

Son logo est un drapeau, européen, dont les étoiles ont disparu. Remplacées par un cercle jaune, pour signifier la belle et grande union rêvée. Elle veut « encourager les médias à se former sur les questions européennes pour accroître la visibilité des messages européens de qualité (…) dans le but de toucher des populations ayant peu l’occasion d’entendre parler d’Europe. »

Le voilà donc le critère de sélection : racoler l’icône des Ch’tis pour mieux persuader le prolo que voter c’est bien, et surtout vachement mieux que s’abstenir. (…) Alors vote, biloute, vote ! Peu importe où, peu importe pour qui, l’essentiel c’est de participer.

Non vous ne rêvez toujours pas. L’auteur, que j’appellerais volontiers journaliste s’il ne semblait pas plutôt être un communiquant (on y reviendra), déplore que l’Europe veuille informer le peuple, les « prolos », sur les questions européennes. Pire, en plus de les informer, les encourager à aller voter !!! J’ai relu l’article trois fois, de peur de l’avoir mal compris, et pourtant, malgré un style d’écriture presque Libé (c’est pas vraiment une qualité pour moi, voire vraiment pas), le message est on ne peut plus clair : « ah les salauds de l’UE, qui n’est pas démocratique, veulent encourager les gens à exercer leur devoir de citoyen ».

C’est pour moi du jamais vu, un article sarcastique qui reproche l’encouragement de ce qui constitue la base de nos démocraties, le vote. Même chez les Le Pen, ils n’ont pas osé, chez Mégret non plus… Avec au passage une condescendance à vomir pour les « prolos » et leur vote. Alors, je sais, l’abstention est aussi un droit, je ne le conteste pas. Et puis j’ai compris. Je suis allé voir un autre article du même auteur, recueillant les propos du président du MRC (Mouvement républicain et citoyen) qui milite pour l’abstention aux européennes. Ce mouvement, groupuscule plus que parti, milite pour la sortie de l’Union Européenne, de l’euro, de l’OTAN, veut couper les ponts avec Bruxelles mais se verrait bien traiter avec des pays d’Europe de l’Est… comme la Russie. En lisant cela, vous vous dites sans doute « ah ouais encore un parti d’extrême-droite ». Il faut dire qu’il y a là tout le programme de la dynastie Le Pen (y compris l’hystérie sur le vote des étrangers) et de leur pote Dupont-Aignan. (Ce dernier les courtisait déjà en 2012, puis en 2013 (ah tiens, dans Marianne), avant de changer de cap juste avant les européennes.)

Eh bien non. Vous n’y êtes pas. Le MRC est un mouvement qui se dit… de gauche. J’ai alors tapé « abstention » dans le moteur de recherche du site Marianne. La première page renvoie à une dizaine d’articles militant pour l’abstention aux européennes (par Emmanuel Todd et d’autres). Je n’en revenais pas. Sans que je m’en aperçoive, mon journal préféré a pris une position qui me semble totalement à l’opposé des conceptions démocrates et/ou républicaines de la politique. Un seul article vient sauver la mise, écrit par un agrégé d’histoire et deux doctorants (issus de l’ENS), et militants (tenez-vous bien) au Parti de Gauche, au fameux MRC (donc en opposition avec son parti) et à Debout la République. Quand je vous disais que c’était le bordel. Je vous encourage à lire l’article, dont je ne citerai que la conclusion :

Le 25 mai, le peuple français pourra rejeter les politiques menées en dépit du bon sens depuis plusieurs décennies. Les anciens partis refusent de marcher avec le peuple ? Le peuple marchera sans eux, en dehors d’eux et, finalement, contre eux. Nul besoin pour cela de s’abstenir ou de voter FN. À gauche comme à droite, il existe aujourd’hui des alternatives républicaines. La diversité des listes de rupture permettra à chacun de voter pour celle dont il se sent le plus proche. 

Une simple goutte dans l’océan abstentionniste qu’est devenu Marianne. Ce même océan où l’on déplore les succès du FN dus à l’abstention… en France. À croire qu’ils veulent voir le FN cartonner aux européennes pour décrédibiliser toute la construction européenne.

Maintenant relisez le titre en couverture de cette semaine et riez un bon coup (jaune pour ma part).

Être contre l’Union européenne telle qu’elle est, soit, mais faire croire aux « prolos » (qui te passent le bonjour, Kévin Erkeletyan) qu’ils n’ont que le choix entre l’UMPS (pour reprendre le jargon frontiste, vu que ça se fait même à l’extrême gauche) et le FN est au mieux une bêtise crasse, au pire une arnaque intellectuelle.

Sur ce Marianne, ma chérie, tu peux prendre ce billet comme une lettre de rupture. Tu as trop changé, ou peut-être est-ce moi qui me suis voilé la face pendant tout ce temps. Qu’importe, je me sens trompé, utilisé, trahi, mais peut-être est-ce ma faute que de t’avoir fait une confiance aveugle. J’irai me consoler dans les bras de mes semblables, les Bisounours europhiles, car l’Europe, je vais continuer de la vivre au quotidien, sans toi bien au chaud dans ton Xème arrondissement de Paris. Adieu Marianne.

Salope.

 

[Cinéma] Un thème, deux films, deux idéologies

Comme annoncé dans mon dernier billet, je me lance dans la « critique » de films. J’ai pris la précaution d’expliquer à quel point cet exercice est périlleux pour moi, tant je suis sceptique quant à ma propre crédibilité dans ce domaine. Je ne me lancerai donc pas dans une analyse filmique rigoureuse, d’autres le font bien mieux que moi (encore une fois je vous renvoie au super boulot du Cinéma de Durendal, du Fossoyeur de films et de Monsieur3D). J’ai dû voir 400 films à tout péter et mes lacunes sont encore immenses, j’espère donc que vous me pardonnerez de passer très rapidement sur les aspects de mise en scène, photographie, montage, etc…

Ces précautions étant prises, laissez-moi vous présenter le thème de ce billet : la pédophilie au cinéma.

Revenez.

On le voit une fois de plus avec l’ouverture du procès Heaulme, comme ce fut le cas avec l’affaire Dutroux, Patrick Dills ou Outreau, c’est un thème qui fait régulièrement la une des journaux et l’ouverture des JT. Étonnement, ce qui constitue l’un des crimes les plus abjects ne sert, à ma connaissance, que très rarement de thème de base pour des films. La violence, la guerre, le meurtre et même le viol (dans une moindre mesure) ont été traités avec des centaines d’approches différentes et sont au cœur de nombreuses œuvres depuis bien longtemps.

Il se trouve que j’ai regardé par hasard deux films centrés sur la pédophilie au mois de février :

– Hard Candy (2005), film américain de David Slade avec Ellen Page dans le rôle principal.

– Jagten (2012) (The Hunt en Anglais, La chasse en Français), film suédo-danois de Thomas Vinterberg avec Mads Mikkelsen dans le rôle principal.

Avant de vous faire un petit résumé de chaque film, je préfère vous prévenir que je vais devoir révéler des éléments de l’intrigue pour exposer mon raisonnement (surtout pour Hard Candy, je ferai de mon mieux pour ne pas vous « spoiler » Jagten).

 

Hard Candy

Jeff, photographe de mode trentenaire et bien propre sur lui, drague Haley, adolescente un peu garçon manqué sur les bords, qui répond à ses avances sur un chat en ligne. Ils se rencontrent dans un café avant que Jeff ne la ramène dans sa luxueuse villa. S’ensuit une drague mutuelle dans une ambiance assez malsaine et dérangeante (tu m’étonnes). Haley refuse par précaution une boisson préparée par Jeff et propose de s’en charger. Celle que l’on croyait être la proie s’avère être en réalité le prédateur : elle drogue Jeff et ce dernier se réveille quelques heures plus tard ligoté à une chaise. On comprend alors que tout n’était qu’un plan d’Haley pour le coincer. Ce rebondissement ayant lieu dans les 10 premières minutes, la majeure partie du film consiste alors en une longue séance de torture. Je ne vous exposerai pas les détails, mais la jeune Haley va jouer du bistouri. Elle finira par trouver des preuves et lui arrachera l’aveu qu’il est responsable de la disparition d’une adolescente et qu’il ne s’est jamais remis de sa rupture avec Janelle, son premier amour. Haley a contacté cette dernière, qui est en route pour la maison de Jeff. Elle lui propose alors deux issues : soit il se pend et elle fera disparaître les preuves, soit elle divulgue les preuves à la police et surtout à Janelle. Un dernier petit rebondissement concernant le meurtre de l’adolescente et Jeff choisit la pendaison. Haley s’enfuit de la maison en laissant les preuves en évidence alors que Janelle arrive.

 

 

Jagten


Lukas, ancien prof divorcé et ne voyant que très rarement son fils, a retrouvé un travail d’assistant à l’école maternelle de son petit village. Il est adoré par les enfants, qui semblent être le seul rayon de soleil dans son quotidien triste et solitaire. Il a créé des liens très forts avec la petite Klara, fille de son ami d’enfance Theo. Le village forme une petite communauté très soudée, relativement jeune. Un jour où Lukas joue avec les enfants, il repousse un peu sèchement Klara qui se montrait un peu trop affective avec lui. Frustrée et manifestement bouleversée par ce qu’elle voit comme un rejet, elle accuse Lukas d’attouchements avec ses mots d’enfant auprès de la directrice. Cette dernière, après avoir demandé l’aide d’un psychologue pour interroger Klara, décide de suspendre Lukas et de prévenir les autorités. Lukas crie évidemment son innocence mais sera embarqué par la police dans les heures suivantes pour être placé en garde à vue. Après sa nuit en cellule, il est relâché. Trop tard, la nouvelle s’est immédiatement répandue dans le village et Lukas et son fils deviendront la cible de nombreux actes de malveillance au mieux, et au pire d’attaques physiques et morales menées par les membres de la communauté, Theo en tête. Voyant le sort réservé à Lukas, Klara tentera en vain d’expliquer à ses parents qu’elle a menti.

 

J’arrête ici le résumé, j’ai volontairement laissé de côté de nombreuses péripéties et le dénouement.

 

 

Les deux films ont disposé d’un budget relativement faible, et une fois n’est pas coutume, c’est la production américaine qui a coûté le moins cher : un peu moins d’un million de dollars contre près de quatre millions pour Jagten. Je n’irai pas jusqu’à dire qu’un tel sujet ne pouvait décemment pas être soutenu par de grosses productions et que donc les deux œuvres sont les fruits de volontés fortes de leurs auteurs de faire leurs films coûte que coûte, mais je ne suis pas loin de le penser. Le traitement des deux films fait l’objet d’un tel antagonisme que l’idéologie de leurs créateurs n’en est que plus flagrante.

Laissez-moi vous expliquer ce que j’entends par là.

Hard Candy est un fantasme, la représentation d’une idée que l’on entend énormément à chaque cas de pédophilie : le traitement que l’on ferait subir au coupable. Qui n’a pas entendu, et je n’ose pas dire penser, « les pédophiles, faudrait leur couper les couilles et les pendre ». Le film pousse l’idée jusqu’à l’inversion du rapport proie/prédateur, donnant à la jeune Haley la responsabilité de l’application de la peine en question.

Jagten pourrait être l’illustration d’un autre de ces lieux communs : « et si ta fille était victime d’un pédophile, t’aurais pas envie de le massacrer ? » Sauf que non, Jagten est bien plus subtil que ça. C’est effectivement ce qui motive Theo, le père de Klara, mais le film ayant très clairement établi l’innocence de Lukas, cette motivation est vécue comme une effroyable injustice. Pour autant, et c’est ce qui fait la puissance du film, à aucun moment le réalisateur ne donne le mauvais rôle aux agresseurs de Lukas. Bien au contraire, il montre une réaction logique, attendue, compréhensible (mais pas pour autant excusable) et c’est ce qui rend le film aussi fort. Dans Jagten, il n’y a pas de véritable « méchant » et le spectateur ressent de l’empathie pour tous les personnages : il ne peut pas en vouloir à Lukas, victime d’une terrible injustice ; il ne peut pas en vouloir aux membres de la communauté tant il comprend leurs motivations en se mettant à leur place ; il ne peut pas en vouloir à la directrice d’école, qui a sans doute pris la décision qui s’imposait en retirant le loup de la bergerie de manière préventive ; et surtout, personne ne peut en vouloir à Klara d’avoir menti tant les évènements la dépassent. Le film se « contente » d’illustrer une situation cauchemardesque, une application de la théorie du chaos qui veut qu’un évènement minime (un petit mensonge) peut avoir des répercussions gigantesques. Tous les personnages font des mauvais choix, même Lukas qui ne pense pas à protéger son fils et n’adopte peut-être pas la meilleure attitude.

Au contraire, tout est très simple dans Hard Candy. Dès la première scène, les rôles sont distribués : Jeff est coupable, Haley est la victime. Et quand la victime prend le dessus sur son bourreau au début du film, on comprend qu’elle parviendra à le faire tomber. Reste à savoir comment. Le rôle d’Haley n’est pas éloigné de celui d’une super-héroïne : elle va se charger elle-même de résoudre une situation sur laquelle les autorités se sont cassé les dents. Elle va donc endosser TOUS les rôles : appât, enquêteuse, flic, juge et bourreau (tiens, y a pas de féminin à bourreau ?), avec un courage qui ressemble plutôt à de l’inconscience : se jeter dans la gueule du loup, même en ayant prévu son coup, sans alerter personne, c’est vraiment pas ce que je recommanderais à mes jeunes lectrices ! C’est ce qui à mon sens fait que le film tient du fantasme : il y a un côté jouissif pour le spectateur à voir une jeune adolescente se venger d’un pédophile. Voilà, j’ai écrit  le mot : venger. Le film entier se base sur l’idée que la Justice est beaucoup trop laxiste avec ces criminels et l’on se prend à rêver d’une sentence que l’on estime exemplaire. C’est le cœur même de l’un des combats favoris du Front National : le rétablissement de la peine de mort pour les assassins et les violeurs d’enfants (oui, pour vous je suis allé consulter le site du FN… c’est dire ce que je suis prêt à faire pour me documenter).

Jagten expose au contraire une réalité mille fois plus complexe, et au lieu de reprendre l’idée de laxisme au premier degré, il propose au spectateur de s’interroger sur cette dernière, de pondérer ce qu’il pourrait penser spontanément. Contrairement à Hard Candy, la vengeance y est montrée comme l’essence du problème, là où l’on voudrait désespérément de la justice.

Haley a toutes les occasions d’avertir la police mais ne le fait pas, préférant l’assurance de la mort de Jeff. Lukas crie son innocence et semble être entendu par les autorités, mais pas par la communauté.

Jagten va même toucher une autre idée, peut-être controversée, que les enfants ne disent pas toujours la vérité. Là encore, le film n’apporte pas de réponse simple à des problèmes complexes.

C’est bien là la différence fondamentale entre les deux films : Jagten propose des questions, Hard Candy apporte des réponses.

Et comme toujours, lorsque l’on propose des réponses simples à des problèmes complexes, on dit des conneries. Hard Candy n’est pas un mauvais film, mais c’est un film mauvais. Mauvais dans son fond, mauvais dans ses motivations. Il suit un vieux fantasme populiste qui veut que la Justice impuissante et laxiste est heureusement compensée par la détermination d’un individu. Au final tout le monde est content : le criminel est mort et la police trouvera les indices sur la disparition de l’adolescente. Personne ne saura jamais rien de l’implication d’Haley. Cela ne peut pas et ne doit pas être satisfaisant. Ce cas de figure bafoue toutes les règles d’une société équilibrée, qui doit assurer la justice et réfréner les velléités de vengeance. Les aveux et preuves obtenus sous la torture par des flics suffiraient à faire sauter la procédure (rappelez-vous l’Inspecteur Harry, autre film avec une forte idéologie populiste). De même, l’entretien de la directrice et du psychologue avec Klara pour lui faire répéter ces accusations peut paraître limite du point de vue éthique.

Le vrai thème des deux films n’est en vérité pas la pédophilie, mais le traitement que l’on réserve aux pédophiles. Jagten montre les dangers de ne pas respecter la présomption d’innocenceCe principe figurait déjà dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (« tout homme étant présumé innocent jusqu’à ce qu’il ait été déclaré coupable… ») et on le retrouve depuis 2000 dans le code de procédure pénale, mais aussi dans le code civil. Cependant ce principe fondamental semble avoir du mal à entrer dans l’inconscient collectif : Nicolas Sarkozy lui-même ne versait-il pas dans la présomption de culpabilité lors de l’arrestation d’Ivan Colonna ?

Hard Candy ne se pose même pas la question et poursuit sa course folle : à quoi bon respecter la présomption d’innocence quand on sait pertinemment que le mec est coupable ? Eh bien allez dire ça à Patrick Dills, qui a passé 15 ans à l’ombre pour un crime qu’il n’a pas commis. Pourtant tout l’accablait, il a même avoué (bon, sous les coups et la pression des flics, mais un aveu c’est un aveu, non ? Bah non). Autant dire que si les idées du FN avaient été appliquées, le pauvre gars ne serait plus de ce monde.

Je ne peux que vous conseiller mille fois de voir Jagten, film intelligent, subtil, qui vous fera réfléchir et qui vous scotchera à votre fauteuil tant la tension et le malaise vous tiendront en haleine jusqu’à la fin. Hard Candy est un film mauvais qui annihilera tout début de réflexion pour flatter des fantasmes impulsifs.

L’âge d’or de la critique

Me revoilà ! Je me rends compte que je n’ai plus rien publié depuis début février, et ce pour deux raisons : j’étais très occupé ces derniers temps (et c’est plutôt bien) et surtout, je ne trouvais plus rien de très pertinent à vous raconter (et c’est plutôt dommage). Force est de constater que tenir un rythme d’un billet par semaine est difficile sur la durée, surtout quand on fait ça sur son temps libre. L’actualité, pourtant chargée, ne m’a pas vraiment fourni de sujets sur un plateau comme ce fut le cas par le passé.

Ayant également la volonté de changer un peu de registre, voilà des semaines que je comptais écrire une critique d’un bouquin/film/jeu vidéo à propos duquel j’aurais plein de choses à dire (et il y en a des tas, je vous prie de le croire). Pourquoi ne l’ai-je pas fait, alors, me direz-vous (c’est une question rhétorique, hein, je me doute bien que ça vous en touche une sans faire bouger l’autre), et bien parce que j’ai des scrupules à verser dans la critique en général. C’est dû à un manque de confiance en ma propre crédibilité d’une part, et le manque d’assurance d’avoir quelque chose de différent à apporter à ce qui a déjà été dit partout ailleurs d’autre part. Une histoire de manque, donc. J’ouvre ainsi la porte et les fenêtres à un contradicteur imaginaire qui va pouvoir me balancer à la figure les trois postulats (totalement arbitraires) de la critique moderne :

1. Tout le monde a le droit de s’exprimer, mon pote, c’est ça la démocratie.

2. Tous les avis se valent, qui de mieux placé que toi pour donner tes impressions ?

3. C’est la somme des subjectivités qui forment l’objectivité.

 

Il n’y a évidemment pas grand-chose à redire au premier postulat, si ce n’est que cela à plus trait à la liberté d’expression, elle-même résultante de la démocratie, mais on n’est pas là pour sodomiser les diptères. De plus je suis un farouche partisan d’une révolution médiatique où chacun récupérerait la parole confisquée par les médias traditionnels dominants. Camarades. Pardon, je prends mes gouttes. Mais je suis également partisan de la célèbre maxime :

« De tous ceux qui n’ont rien à dire, les plus agréables sont ceux qui se taisent. »

Voilà qui du coup entre en conflit avec le 2ème postulat, et appelle un petit rappel du contexte.

1. La critique avant l’hégémonie d’internet

Je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître… L’information en ce temps-là était détenue par le triptyque sacré TV-Presse écrite-Radio. La TV y occupait un rôle ultra-dominant et constituait le média de référence, assumé ou non, de la population. C’est au passage toujours le cas, rassurez-vous, elle est simplement passée du statut d’ultra-dominant à simplement dominant. Allez jeter un coup d’œil à cette conférence d’un chercheur en biologie et neurosciences sur le sujet, c’est ludique et passionnant. Néanmoins, la place que la critique occupait à la TV pré-TNT et pré-satellite était bien moindre, et restée cantonnée aux émissions littéraires type Chancel-Pivot et prenait souvent la forme d’une explication de textes entre l’auteur et le présentateur. Pas de vraie critique au sens où on la conçoit de nos jours, c’est-à-dire un plaidoyer contre (rarement pour) une œuvre en présence (On n’est pas couché) ou non (Touche pas à mon poste) de son auteur. Il faut bien évidemment prendre le terme « œuvre » dans son sens le plus étendu. Les œuvres étaient cependant largement évoquées à l’antenne, mais à de rares exceptions près, dans le cadre d’une promo. Et on ne va pas s’amuser à décrypter l’œuvre en bien ou en mal, cela ferait du tort aux enjeux commerciaux, seule raison de vivre de la TV. On se contente d’en parler. Point. Et plutôt que de dire du mal d’une autre, on n’en parlera tout simplement pas, la rendant inexistante à la connaissance du docile téléspectateur (voir tout le travail de Pierre Bourdieu sur les médias, c’est comme dans le cochon, tout est bon). En effet la censure la plus efficace, c’est de beaucoup parler, quitte à ce que ce soit dans le vide, afin d’occuper l’espace.

Je suis, comme la plupart des gens de ma génération, un enfant de la TV. Quelle ne fut donc pas ma surprise (merde, je passe d’Aznavour à Sarko…) lorsque je me suis mis à écouter la radio quand j’étais ado (13-14 ans peut-être). Par « radio » j’entends « radio qui parle ». Le média (je sais qu’on est censés dire medium, mais je ne voudrais pas avoir l’air encore plus pédant que je ne le suis déjà) préféré des vieux dans mon imaginaire m’a immédiatement marqué sur deux niveaux. Premièrement, les pubs. Toutes les 10 minutes et encore plus débiles qu’à la TV. Il faut dire que sans les images, il faut bien trouver des subterfuges pour marquer la cible. Mais passons. Le second choc est venu d’une émission sur Europe 1 ou RTL (impossible de me souvenir) où j’ai entendu un chroniqueur dire que le film dont la promo ininterrompue à la TV (et même à la radio) était vraiment pas terrible, terminant son intervention d’un « n’allez pas le voir » qui sonnait comme une sentence.

Ça n’a l’air de rien, mais dans ce contexte, c’était de jamais vu. Du jamais entendu, plutôt. Oh je sais que ce n’est rien, mais l’électrochoc opéré sur mon cerveau m’a poussé à explorer ce nouveau monde, où j’ai découvert que des professionnels des médias pouvaient déclarer leur amour, leur dégoût ou leurs réserves sur des films, des livres, des spectacles, des concerts… et même sur l’actualité politique (c’était une époque où les Apathie, Barbier, Giesberg n’étaient pas présents jusque dans votre frigo). Je croyais à l’époque, bien naïvement, que l’on ne trouvait cela que dans le second triptyque sacré : Libération-Télérama-Les Inrocks, adulé ou honni essentiellement selon les sensibilités politiques… J’étais encore loin de me rendre compte de ce qui aujourd’hui constitue l’un de mes sujets de prédilection : l’ingérence des intérêts privés dans les médias. Encore une fois, passons. J’ai découvert par la suite que la presse écrite et surtout la presse spécialisée (jeux vidéo, cinéma) proposait également de véritables critiques. Et plus je découvrais ce nouveau monde qui s’offrait à moi, plus je m’offusquais de son absence à la TV.

2. L’avènement d’internet et le désamour pour le métier de critique

C’est au cours des années 2000 qu’internet s’est profondément implanté dans les foyers et à commencer à modifier de façon drastique les habitudes de consommation des Français (consommation de médias y compris). Je vous épargne le topo, tout le monde sait pourquoi et comment. Ce qui me semble le plus important dans le sujet qui nous intéresse (enfin qui m’intéresse, c’est déjà ça), c’est la place de tous les contenus sur le net. Ces derniers ont tous une place égale. Je m’explique : l’édito de Christophe Barbier sur le site du Point.fr n’a techniquement rien de plus que celui que vous êtes en train de lire, et tous deux sont accessibles pour tous les internautes. Un tweet de Barack Obama apparaîtra de la même façon qu’un tweet de Nabilla ou de ma voisine qui prend son repas de midi en photo. Le commentaire d’un docteur en économie analysant un phénomène complexe sous un article du Figaro aura exactement le même statut que le connard de base qui écrira « Dehors la diktature socialiss ». Bref, vous voyez le tableau.

Et vous pouvez évidemment anticiper la suite, si tous les contenus similaires occupent la même place, leur influence sera radicalement différente. Contexte, promotion, crédibilité et reconnaissance de leurs auteurs leur donneront une portée proportionnelle. Néanmoins, votre tweet pourri, sera géré et affiché par Twitter exactement de la même façon que celui du Pape.

J’anticipe également la réaction logique « oui, mais ton article, tu l’écris pas sur le site du Nouvel Obs, et si tu le publiais dans le journal de ton village, il serait techniquement identique, mais n’aurait pas la même place qu’un édito papier de Laurent Joffrin ». Voilà à mon sens où se trouve l’erreur : il faut considérer le site de l’Obs, celui du Figaro et ce blog comme une seule et même entité. L’utilisateur ayant accès à l’un, a accès à tous les autres, à seulement un clic. Lorsque vous achetez le Figaro, vous n’avez pas à également à votre disposition en tournant les pages tous les articles de Valeurs Actuelles (enfin si sur le fond, mais c’est pas ce que je veux dire) < ceci est un troll.

Il faudrait donc considérer internet comme un seul et même journal, au nombre de pages quasi-illimité et croissant, où les contenus peuvent être regroupés, mais conservent la même place et la même mise en page. Où je veux en venir avec mes histoires ? Ah oui, au désamour pour le métier de critique. Et bien c’est à mon sens (et ce n’est qu’un avis personnel, une impression, il n’y a rien de scientifique là-dedans), une conséquence indirecte de ce que je viens d’exposer. Je ne vais pas vous faire l’affront de détailler un raisonnement que tout le monde connait, et que l’on pourrait résumer de façon totalement arbitraire et pseudo-scientifique par la formule suivante :

intérêt + (bouche-à-oreille x critiques) = décision

Où l’intérêt représente votre envie a priori d’aller vers une œuvre, le bouche-à-oreille est une sorte de moyenne extrêmement pondérée des avis que vous avez pu récolter (vous pondérez en fonction de l’opinion que vous vous faites des goûts de vos proches), et idem pour les critiques. La décision sera donc le choix ou non d’investir votre temps (et souvent votre argent) dans l’œuvre.

Internet n’a rien changé à cette équation bancale, mais a révolutionné le poids de chaque élément. Ainsi on aboutit à une équation revisitée :

intérêt + [(bouche-à-oreille^100) x (critiques x 10)] = décision

Votre intérêt pour une œuvre ne change pas, au mieux vous avez bien plus de sources pour vous renseigner dessus, mais votre désir final d’aller vers elle ou non conservera le même poids. La multiplication des critiques par 10 vient du fait qu’il est très facile d’avoir accès à de très nombreuses critiques en un minimum de temps, notamment par le biais des agrégateurs comme Metacritic (dont je vous avais déjà parlé ici) qui détermine une forme de moyenne globale des critiques. Mais ce qui a explosé, c’est le bouche-à-oreille. Je lui ai accolé un « puissance 100 » arbitraire pour rendre de la différence d’échelle. Metacritic est une chose, mais si nous prenons  l’exemple du cinéma, la note moyenne des utilisateurs d’IMDb (la base de données en ligne de référence), vous trouverez en un coup d’œil la résultante de plusieurs milliers d’avis. Et j’insiste sur le terme « avis ». En effet tous ne sont pas accompagnés d’une critique argumentée. Pour la plupart il s’agit d’une note décernée par les spectateurs, comme à l’école, quelque part sur la ligne j’aime pas-bof-pas mal-j’adore. Ainsi, si quelqu’un a donné 8/10 au film Only God Forgives, vous n’aurez aucun moyen de savoir si la réflexion se base sur « Ryan Gosling il est trooooop beau » ou si la personne a vraiment trouvé un réel intérêt à cette sombre merde œuvre. De plus, là où vous pouviez pondérer l’avis de vos proches selon vos critères personnels (gros beauf, poufiasse, bobo de merde ou dieu vivant), il est impossible de le faire pour tous les internautes ayant donné leur avis.

Mais au final cela n’a que peu d’importance, car si l’immense majorité des avis s’accordent à décréter qu’un film mérite  9/10 ou 1/10, alors nous sommes influencés par notre sentiment démocrate qui veut que l’immense majorité ne peut pas foncièrement avoir tort. D’où la perte d’influence des critiques, également due à la défiance générale de la population face aux médias (oui, c’est mon sujet de prédilection, je ramène tout à ça, et non j’ai même pas honte). En effet, pourquoi donner une quelconque importance à des gens dépendants d’intérêts privés, qui ont accès aux œuvres dans des conditions privilégiées et dont le bagage culturel nécessaire à la profession peut être perçu comme non-pertinent pour nous autres, les petites gens. On s’identifiera beaucoup plus à une somme d’individus qu’à un expert. Ainsi, si AutoPlus vous dit que la nouvelle Twingo est une voiture formidable, mais que lorsque vous tapez « Nouvelle Twingo » sur Google, les premiers résultats sont « Nouvelle Twingo en panne », n’allez-vous pas hésiter avant de demander un crédit sur 20 ans ? En voyage à Rome, si vous cherchez le meilleur endroit pour acheter un repas à emporter, pourquoi iriez-vous chercher dans le Routard/Michelin/Lonely Planet qui listera entre 0 et 3 adresses, quand vous pouvez consulter RomeYUMood, un blog tenu par deux romains de naissance, amoureux de bonne bouffe avec plusieurs dizaines d’adresses référencées (en Italien et Anglais) ? Idem pour vos hôtels et restos avec TripAdvisor ou vos achats sur Amazon : la note des utilisateurs est devenue sacrée et représente un réel enjeu. La preuve en est qu’un hôtel a attaqué en diffamation un client pour sa critique assassine sur TripAdvisor. Vous ferez naturellement plus confiance aux critiques d’amateurs sur Youtube qu’à celles publiées dans la presse, à tort ou à raison. J’ai déjà décrit ce phénomène ici, et je vous encourage à extrapoler le phénomène de la presse jeux vidéo à la presse en général.

3. Tous les avis se valent, et tout le monde peut/doit donner son avis

Revenons maintenant à nos trois postulats de départ. Le « Web 2.0 » a fortement incité les utilisateurs à enrichir les contenus. Notes, commentaires, mentions « j’aime », pouce rouge ou vert… tout est fait pour que vous donniez votre avis sur tout. Vous pouvez parfois l’argumenter et faire ainsi une critique, mais c’est l’avis brut et final qui prendra le dessus. Votre avis seul n’est rien, il sera noyé au milieu des avis de tous les autres, quelle que soit la pertinence de la réflexion qui mène à votre avis définitif. Si je suis assez d’accord avec le second postulat qui veut que tous les avis se valent, il ne faut par contre faire l’erreur de croire que par extension, toutes les critiques se valent. Tous les arguments mis en avant n’ont le même poids, et les réflexions qui en découlent peuvent être brillantes, bancales ou complètement erronées. On perdra vite l’envie de faire une critique argumentée quand la plupart des retours consisteront en « Cette critique est pourrie/géniale, car l’œuvre est fabuleuse/à chier partout ». Ou le bourreau de tous les débats « ah mais de toute façon les goûts et les couleurs… »

Il faut néanmoins retenir un point positif : l’immense majorité des gens, qu’ils le sachent ou non, semblent être arrivés à la conclusion que l’objectivité n’est ni possible ni souhaitable et n’a aucune valeur dans l’absolu. Le pendant négatif de cela serait de croire que le troisième postulat et nécessairement vrai, car non, la somme des subjectivités ne fait pas tendre vers la vérité. Elle indique un consensus, une tendance générale des avis. De la résultante d’une réflexion qui peut être juste, argumentée, bancale ou totalement absente. Ainsi « Only God Forgives est génial parce que Ryan Gosling y est troooop beau » fera tendre l' »objectivité générale » vers le même résultat que celui qui vous expliquera à quel point l’esthétique du film est réussie et à quel point les choix effectués par Nicolas Winding Refn sont osés et cassent les codes habituels (j’entends ces arguments, mais je vomis ce film par tous mes orifices, sachez-le.)

Vous avez compris ou je veux en venir : s’il y a autant d’avis sur une œuvre qu’il y a d’individus, et quelle que soit votre réflexion, personne n’est en mesure de vous dire comment vous DEVEZ recevoir cette œuvre. Et que si l’on vous demande de quantifier votre ressenti selon une échelle de notes, alors vous avez toutes les raisons du monde de le faire. Ou non. MAIS CELA NE VEUT PAS DIRE QUE C’EST PERTINENT !!!

Ainsi, et j’en reviens à mon point initial, ne comptez pas sur moi pour vous faire une analyse tiède des derniers films/livres/jeux auxquels j’ai consacré un peu de mon temps. Pas de schéma « points positifs, points négatifs, synthèse qui en découle » ici. C’est pas le genre de la maison, j’estime n’avoir aucune crédibilité pour le faire. D’autres le font bien mieux que moi, avec de meilleurs arguments, en mieux foutu et sûrement de façon bien plus synthétique que moi, ce qui n’est décidément pas bien difficile. Exemple pour le cinéma sur Youtube : Le cinéma de DurendalCrossedLe Fossoyeur de films et Monsieur3D.

Par contre, si je trouve un angle d’analyse qui me semble original et pertinent, que je n’ai pas déjà vu/lu/entendu mille fois, si je trouve qu’une œuvre et injustement méconnue ou que je veux prendre la défense d’une œuvre indéfendable, alors j’écrirai un billet à ce sujet. Et ça commence dès le prochain. Je vous parlerai d’un thème traité de deux façons très différentes par deux films.

Sur ce prenez soin de vous, et merci d’avoir tout lu.

 

Au fait si vous avez cliqué sur le lien de RomeYUMood, bravo, vous venez d’être victime d’un copinage éhonté. C’est le blog de ma copine. Ça n’enlève rien à la qualité du blog, ceci dit, mais vous voyez que même sur le blog d’un monomaniaque de l’indépendance, qui fustige le copinage et l’ingérence des intérêts privés dans les médias, vous pouvez être victime d’une pub là où vous ne l’attendiez pas. Que cela vous serve de leçon.

Foot pourri ? Et si l’exemple venait des USA ?

Le football est, avec la politique, une source intarissables de commentaires, remarques et analyses qui animent les Café du Commerce. L’ignorance crasse de la grande majorité des « Français moyens » (très moyens) ne les empêche pas d’avoir un avis définitif sur tous les sujets et il suffit de leur dire « football » pour mettre en marche les usines à phrases toutes faites qui décidément ne connaissent pas la crise.

Au palmarès des maximes au raz des pâquerettes, juste derrière le fameux « Ils sont payés des millions pour taper dans un ballon » (ces gens-là considèrent-ils qu’un Stradivarius n’est qu’un bout de bois avec des cordes ?), arrive le fameux « Non mais de toute façon, le foot est pourri par l’argent ». D’accord, mais à quel point ? Comment ? D’où vient cet argent ? Qui l’investit ? Qui en bénéficie ? « Bah je sais pas… mais ils gagnent trop. »

Il serait vraiment naïf, pour ne pas dire idiot, de croire que des clubs sont prêts à mobiliser des sommes folles pour s’attirer les services de tel ou tel joueur-star (une minorité parmi les footballeurs professionnels)  dans un but uniquement sportif ! Pour l’amour du maillot ? C’te bonne blague ! Croyez bien que si les joueurs sont payés des millions, c’est qu’ils rapportent des milliards !

Le football a pour moi une vertu incroyable qui va bien au-delà des poncifs habituels (fédérateur social, etc.) : c’est un formidable aperçu de l’économie mondiale. Mettons les choses au clair tout de suite, je suis supporter (de l’OM), mais je n’aime pas le foot professionnel. Je soutiens mon équipe pour des raisons aussi floues qu’irrationnelles et le système que je vais décrire la concerne autant que les autres clubs. Je prends ces pincettes parce que je vais bien sûr parler de l’Ennemi, du Grand Satan : le PSG. N’y voyez pas là une bête querelle ou jalousie de supporter, je suis au-dessus de cela (malgré ma haine profonde pour ce club – et en refermant cette parenthèse, je referme avec elle mon animosité maladive et stupide pour le Petit Saint-Germain).

Que vous suiviez le foot ou non, il n’a pu vous échapper qu’en deux ans le club de la capitale est devenu une incroyable machine à gagner. On ne parle plus que d’eux, les montants des transferts atteignent des records chaque été et le club a même été classé cinquième plus riche d’Europe. Toute la presse s’est fait écho de la nouvelle avec ce chauvinisme niais qui la (nous ?) caractérise, se félicitant d’avoir enfin un club français au niveau des plus grands. Oui mais voilà, le cas du PSG pose problème car ce n’est pas un club tout à fait comme les autres.

Il est temps d’expliquer d’où viennent les revenus des clubs pros (hors investissement des actionnaires) :

– La billetterie

– Les produits dérivés (vente de maillots, etc.)

– Les accords commerciaux (sponsors)

– Les droits de diffusion TV

Et comme dans tous les autres sports professionnels, ce sont ces derniers (les droits TV) qui constituent le nerf de la guerre. Ils sont achetés par les chaînes de télé qui pourront diffuser les matchs. L’organisme ayant émis l’appel d’offre (dans le cas qui nous intéresse la Ligue de Football Professionnel et l’UEFA) redistribue ces droits aux clubs selon des calculs plus ou moins opaques. Sans rentrer dans les détails, les clubs les plus diffusés touchent la plus grande part, pondérée par des calculs savants de « notoriété ». Pour faire simple : les clubs les plus riches gagnent plus. Pour les plus grands clubs, ces revenus comptent pour près d’un tiers des revenus globaux.

Et c’est là que ça coince pour Paris. À tel point que certains journalistes ont timidement émis des doutes sur la véritable richesse du PSG, allant jusqu’à la traiter d’arnaque ou de trompe-l’œil. En effet, comme le montre l’article de Challenges, les proportions des revenus du PSG ne colle pas du tout avec celles de ses adversaires, jugez plutôt :

Source : challenges.fr

Le PSG se paie le luxe d’avoir les revenus les plus faibles du top 10 en terme de droits TV et les plus forts revenus commerciaux d’Europe !!! En clair : Paris vend pour 250 millions d’euros de produit dérivés ! Vous y croyez ? Non. Personne n’y croit à vrai dire. L’UEFA (fédération européenne regroupant les fédérations nationales et organisateur des coupes d’Europe)  a mis en place un « fair-play financier » (arrêtez de rire), ensemble de règles de gestion complexes qui peut se résumer par «les clubs ne peuvent pas dépenser plus qu’ils ne gagnent ». Et pour le PSG, cela paraît tellement improbable que l’UEFA va enquêter.

Il faut dire qu’il est particulièrement difficile de comprendre d’où part et d’où vient l’argent du PSG. M’inspirant librement de l’excellent article du MoustacheFootballClub (blog que je vous recommande chaudement), je vous propose un petit schéma fait par mes soins (en 5 minutes, ça se voit) en tentant d’être le plus clair possible.

Librement inspiré de: http://www.moustachefootballclub.com/upload/articles/Stades_ephemeres/renovation-PSG-Qatar-Vinci-Euro-2016.jpg
Librement inspiré de: http://www.moustachefootballclub.com/upload/articles/Stades_ephemeres/renovation-PSG-Qatar-Vinci-Euro-2016.jpg

Quelques précisions s’imposent : je n’ai pas mentionné toutes les filiales et groupes d’investissement du Qatar. J’ai résumé cela par « possède ». Vous pouvez vous amuser à rechercher chaque filiale et remonter jusqu’à ses dirigeants (je l’ai fait), vous tomberez immanquablement sur la famille royale Al-Thani. Je ne m’appesantirai pas non plus sur ce formidable pays qu’est le Qatar, qui n’est pas du tout une monarchie totalitaire et esclavagiste. Du tout.

Notons que mon schéma ne présente que 2 des aspects du graphique précédent : la billetterie et les droits TV. Je n’ai pas inclus les revenus commerciaux, car comme nous l’avons vu, c’est extrêmement flou. Pour ce qui est de la billetterie, rien de bien compliqué. Le PSG joue au Parc des Princes, propriété de la ville de Paris. Cette dernière en a confié l’exploitation à un groupement Vinci-Colony Capital (à qui le Qatar a acheté le club) qui prend en charge toute la maintenance et les éventuels travaux, et qui peut en échange percevoir un loyer de la part du PSG (bail emphytéotique). Or, le Qatar est le deuxième actionnaire au capital de Vinci et actionnaire unique du PSG. Vous trouvez que ça commence à sentir mauvais ? C’est pas fini. En 2011, Mickaël B. écrivait :

Colony Capital(…) se retrouve donc dans une situation délicate par rapport aux Qataris qui feront pression pour baisser le loyer du club, à la fois de l’extérieur (par l’intermédiaire de QSI, propriétaire du club) et QDREIC (actionnaire de Vinci ). Cette situation ubuesque porterait à sourire si l’état Français n’avait pas proposé une loi permettant aux titulaires des baux emphytéotiques de bénéficier également de subventions publiques pour la rénovation des stades. (Source)

Il n’était pas tombé très loin. Visiblement, les Qataris n’ont même pas besoin des subventions publiques puisque le club veut maintenant obtenir l’exploitation du stade. Et on comprend aisément que Colony Capital aura du mal à s’y opposer. Rappelons que les entreprises qatariennes investissant en France jouissent d’une fiscalité avantageuse accordée par le regretté (à vous de voir à quel degré le prendre) président Sarkozy… lui même très proche du club parisien.

Mais ce n’est pas fini ! Parlons maintenant des droits TV ! Un système semblable a été mis en place avec l’arrivée sur les écrans français de la chaîne sportive BeIn Sports. Ces derniers auraient acquis les droits TV de la plupart des matchs de Ligue 1 pour 150 M€ (Source pas super fiable) contre 420 M€ déboursés par Canal+ pour diffuser la grande affiche de chaque journée. Les revenus de ces droits sont mis dans un pot commun et en partie reversés aux clubs comme expliqué plus haut. Il en va de même pour les matchs de Ligue des Champions (revenus énormes). Or, vous le voyez venir, qui détient BeIn Sports ? C’est une filiale d’Al-Jazeera, la chaîne… qatarienne ! Le conflit d’intérêt est donc flagrant et Canal+ voit rouge. Ils oublient seulement qu’ils étaient dans le même cas lorsque la chaîne possédait le club (jusqu’en 2006). Une autre enquête vise donc le PSG, venant cette fois du CSA.

Je conclurai en rappelant qu’il ne s’agit que de la partie émergée de l’iceberg et que les enquêtes ne mèneront probablement nulle part, tant le Qatar est puissant et influent en Europe (qui va vouloir se fâcher avec ceux qui investissent dans toute l’Europe ?). Il est tout de même à noter qu’on a là un terrain particulièrement favorable aux montages financiers plus ou moins honnêtes… Donc oui, le foot est pourri à un niveau que l’on imagine même pas, avec la complicité des politiques bien contents de voir de l’argent frais investi en France (quitte à faire un trait sur une grande partie des recettes fiscales), et de la Ligue qui voit ses droits TV exploser pour un spectacle d’une médiocrité pourtant affligeante.

« Ouais, bon, tu viens de nous montrer que le foot est pourri. Merci, on t’a pas attendu pour le savoir. C’est le sport professionnel qui veut ça. C’est pas possible d’y échapper. »

Certes, cher lecteur, mais laisse-moi te dire que si, on peut y échapper. Ces sommes considérables peuvent être redistribuées de façon égale entre tous les clubs. Il suffit d’aller voir… aux États-Unis !

Vous avez bien lu : aux États-Unis. Le pays des méchants néo-libéralistes, du pognon tout-puissant, des pro-business… On arrête là, c’est pas ce que vous croyez. À l’occasion du plus grand évènement sportif des États-Unis, le Super Bowl (finale du championnat de football américain) qui aura lieu dans la nuit de dimanche à lundi, laissez-moi vous parler du modèle économique de la NFL  (National Football League). J’étais tombé il y a quelques temps sur un épisode de l’excellent Daily Show with Jon Stewart (que je ne peux que vous conseiller) qui disait que la NFL était… socialiste. La pire insulte et un soufflet adressé à tous les nostalgiques du maccarthysme. Il s’agit au départ d’une livre polémique du chroniqueur progressiste américain Bill Maher. Voici une vidéo explicative (en anglais), que je reprendrai par la suite.

[vimeo http://vimeo.com/35003246]

Je vais commencer par clarifier un point : non la NFL n’est pas socialiste, les Américains ont juste du mal à saisir la notion même de socialisme. Mais passons, car par contre, la NFL redistribue équitablement les richesses, et ça change tout.

Le championnat NFL englobe 32 clubs appelés « franchises » divisés en deux conférences Est et Ouest. À la fin de chaque saison « régulière », les 4 meilleures équipes de chaque conférence s’affrontent dans une phase à élimination directe (c’est un poil plus compliqué que ça mais peu importe), jusqu’à la finale : le Super Bowl. Les droits TV pour toute la saison s’élèvent à… accrochez-vous bien… 27 milliards de dollars !!! Et chaque équipe se voit reverser une somme égale. Ainsi, le vainqueur du Super Bowl touchera autant que la plus mauvaise équipe de la saison régulière. Et ce n’est pas fini…

Dans « notre » football européen, les plus grosses sommes engagées constituent les transferts de joueurs d’un club à l’autre, autrement dit les indemnités reversées à un club pour rompre le contrat qui l’unit au joueur. Le marché des transferts (mercato) a lieu en été et en hiver. Dans le foot US, ce marché s’appelle le draft et possède un fonctionnement très différent : à chaque inter-saison, chaque équipe choisit à tour de rôle les joueurs placés sur la liste des transferts dont elle veut s’attacher les services. C’est l’équipe la moins bien classée qui commence et le vainqueur du Super Bowl qui termine. Quand la première série de choix est terminée, la seconde recommence avec l’équipe en haut de la liste. Ainsi, les plus mal classés peuvent choisir en priorité les meilleurs joueurs pour renforcer leurs effectifs. Les contrats sont passés entre le joueur et la NFL, et non entre le joueur et le club. Il existe cependant une monnaie d’échange entre les clubs : le nombre de choix pour le draft. Une équipe A pourra donc accepter d’échanger un certain nombre de choix avec une équipe B, et cette dernière, en échange, ne recrutera pas tel joueur qui intéresse l’équipe A, bien que l’équipe B soit prioritaire dans le draft. L’équipe A pourra donc recruter le joueur. Au tour suivant, l’équipe A passera son tour et l’équipe B pourra recruter plusieurs joueurs. Pas mal comme système, non ? C’est un peu comme à l’école. En termes économiques, cela correspond à sanctionner la réussite dans l’idéologie ultra-libérale.

Mais la NFL va encore plus loin : bien que très élevés, les salaires des joueurs sont réglementés. On appelle cela le salary cap ou plafonnement des salaires. Ainsi, la masse salariale d’une équipe ne peut pas excéder un certain plafond, qui est bien évidemment la même pour toutes les équipes. Et rassurez-vous pour les stars du foot US, ils vivent largement aussi bien que nos footballeurs !

Ce joli modèle économique a surtout des résultats intéressants : chaque équipe ayant les mêmes chances d’arriver en finale, il y a eu cinq vainqueurs et cinq finalistes différents lors des cinq derniers Super Bowl. Ceci est totalement inenvisageable dans notre Champions League.

Mais alors un tel modèle pourrait-il être transposable au foot européen ? Il paraît que non, qu’il n’y a pas d’autre alternative, que ce n’est pas la peine d’y penser. Mais ce sont les dires de ceux qui se taillent la part du lion… pourquoi voudraient-ils changer un système qui leur profite tant ? Nombreux sont ceux en Europe qui affirment pourtant que le modèle économique actuel n’est pas viable. Toute similarité avec l’économie globale est évidemment fortuite.

La presse jeux vidéo se réjouit de la corruption chez les Youtubers

Voilà plusieurs semaines que je m’intéresse aux rapports privilégiés entre la presse, les politiques et les grands groupes. Je voulais écrire un billet à ce sujet mais n’ayant pas grand chose de plus pertinent à écrire que ce que l’on peut déjà trouver (en cherchant bien), et pour ne pas tomber dans les poncifs de pilier de bistrot de type « tous pourris », je me suis abstenu.

Mais voilà que l’actualité me fait un beau cadeau ! Et qui plus est dans le milieu du jeu vidéo ! Oui, on va encore parler de jeu vidéo, mais après tout je suis plus à l’aise pour parler de ce que je connais. J’ai aussi un billet sur l’avenir du sport automobile dans mes tiroirs, mais on va faire comme BFM (ou BFN ?) TV, place à l’actu !

Laissez-moi tout d’abord vous présenter les forces en présence :

La presse vidéoludique qui a connu son heure de gloire dans les années 90 – début des années 2000 sur support papier. Elle a subi de plein fouet l’avènement d’internet et n’a pas su (ou pu) s’adapter au nouveau rapport des joueurs à l’information. MER7, l’éditeur français qui détenait le quasi-monopole de la publication vidéoludique (pas moins de 15 journaux et magazines), a d’ailleurs été placé en liquidation judiciaire en 2012. Ce sont donc les sites internet spécialisés gratuits qui ont repris le flambeau : jeuxvidéo.com, qui représente la plus grande partie de « audience » (selon Usul) et Gamekult, l’un des plus anciens sites français spécialisés. Je pourrais en citer bien d’autres, mais j’aurai l’occasion d’y revenir.

Les éditeurs de jeux vidéo qui font le lien entre les studios développant les jeux et le public. Ils ont plus ou moins d’influence dans le développement du jeu, et se chargent de le promouvoir, le distribuer, le faire localiser, etc. Pour faire un parallèle avec le cinéma, si le studio de développement correspond au réalisateur et son équipe, l’éditeur est le producteur.

Les joueurs qui sont la cible des deux précédents. Ils achètent les jeux mais s’informent également sur les jeux à venir. Ils consultent les avis des spécialistes de la presse en ligne avant de passer à la caisse. Cependant, Youtube a bouleversé les habitudes de ces derniers : il est en effet de plus en plus aisé de diffuser des vidéos de leurs jeux. Ils enregistrent leur partie et la mettent en ligne en quelques clics.

Je te connais, lecteur attentif, une remarque te brûle les lèvres : « Un truc ne colle pas. Les éditeurs vendent les jeux, les joueurs les achètent. Jusque là, rien d’étonnant. Mais la presse dans tout ça ? Si c’est gratuit en ligne, ils vivent de quoi ?». Excellente remarque, ami lecteur, et tu connais déjà la réponse : de la pub, bien sûr ! Certains ont tenté un modèle d’abonnement, mais les lecteurs se sont montrés réticents à l’idée de payer pour quelque chose qu’ils trouvent gratuitement chez la concurrence. C’est d’ailleurs là la vraie interrogation dans ma démarche, quelle est la plus-value apportée par la presse vidéoludique ? Mais ne brûlons pas les étapes.

« Donc la presse en ligne vit de la pub, très bien, t’en as beaucoup du sensationnel comme ça ? » Déjà, ami lecteur, je vais te demander de baisser d’un ton. Et je t’encourage à visiter l’un de ces sites comme celui-ci choisi (presque) au hasard. Que constates-tu ? De la pub partout, comme prévu. Mais de la pub pour quoi ? Pour des jeux vidéos bien sûr !  En outre, tu remarqueras que 90 % des articles traitent des jeux à venir (images de jeux en développement, essais en avant-première, interview de développeurs, etc). On a donc  là le support de communication des éditeurs. Il s’agit donc d’une relation d’inter-dépendance des trois acteurs, et tout ça en milieu fermé :


L’éditeur a besoin de faire parler des jeux qu’il compte vendre à court ou moyen terme, il fournit donc à la presse des informations sur ces derniers (images, bandes-annonces) en essayant de les distiller de façon périodique, afin de rappeler régulièrement au joueur que leur jeu va bientôt être en vente. Le joueur, qui est un passionné, se rend donc sur les sites de presse vidéoludique pour trouver ces informations, mais également pour lire les critiques (les tests) des rédacteurs (je ne dis pas journalistes, vous commencez à comprendre pourquoi) afin de s’assurer qu’ils ne vont pas gaspiller plusieurs dizaines d’euros lors de leur prochain passage en caisse. Le joueur tombe donc, au milieu des infos qu’il est venu chercher, sur de la pub pour d’autres jeux. C’est donc là que la presse fait son beurre, en vendant des espaces publicitaires aux éditeurs. La boucle est bouclée.

Comprenons-nous bien, si les encarts publicitaires étaient majoritairement achetés par Carrefour ou Coca-Cola, il n’y aurait aucune différence avec les sites de presse généralistes. C’est donc parce que l’objet de cette publicité est justement le sujet de la presse que cela pose un problème évident d’indépendance. Si ce sujet vous intéresse, je ne peux que vous conseiller tout ce qu’a fait Usul, sur Youtube, mais également dans  Ragemag et ce que font les intervenants du site nesblog en général. Citons aussi le site MerlanFrit pour être complet sur ce sujet.

Cet état des lieux ainsi fait, venons-en enfin au sujet qui m’intéresse aujourd’hui. J’ai évoqué Youtube comme un changement radical chez les joueurs. J’aurais pu inclure les blogs, mais ce qui est capital sur Youtube c’est la pondération, la visibilité qui met (quasiment) toutes les vidéos sur un pied d’égalité. Ainsi, en cherchant un jeu, vous tomberez à la fois sur les vidéos officielles de l’éditeur, mes également sur des parties mises en ligne par des joueurs lambda. Par conséquent, si vous souhaitez savoir à quoi ressemble tel ou tel jeu, pourquoi ne pas simplement regarder quelqu’un d’autre jouer, et accessoirement écouter ses impressions ? Oui mais voilà, vous venez de court-circuiter notre petit milieu en vase clos sus-mentionné. Sans passer par la presse, vous n’avez donc pas besoin des rédacteurs pour vous faire un avis (une première impression en tout cas) et vous n’êtes pas tombé sur la pub pour le jeu X ou la console Y. Si vous utilisez Youtube depuis longtemps, vous avez constaté l’arrivée massive de la pub ces dernières années (tiens donc). Et c’est là la troisième révolution de la presse vidéoludique. Les éditeurs ont bien compris qu’il y avait un énorme marché dans ces vidéos d’amateurs. Youtube a proposé à ses utilisateurs de monétiser leurs vidéos, ou plutôt monétiser le nombre de vues qu’elles représentent, en vendant aux annonceurs des espaces publicitaires avant et pendant leur vidéo. Quelques euros pour chaque millier de vues, et soudainement les prix des encarts publicitaires sur les sites de presse dégringolent et avec eux, si vous avez suivi, les recettes. De quoi fortement les énerver. Mais ils ont la parade : ce sont des professionnels. Certains, mais pas tous, sont même journalistes ! Avec la carte, l’éthique et la déontologie qui vont avec ! Et non les petits cadeaux des éditeurs n’ont aucune influence sur leur ligne éditoriale. Enfin pas trop. Un minimum. Faut pas se fâcher avec les clients.

Ceci n’est pas le fruit de mon imagination féconde, mais la synthèse d’une émission d’Arrêt sur images sur l’indépendance de la presse vidéoludique où étaient invités deux journalistes (Ivan le Fou de CanardPC, un des survivants de la presse papier, ainsi que Gaël Fouquet rédacteur en chef chez Gamekult) un Youtubeur/chroniqueur sur jeuxvidéo.com (Usul, évidemment), et Julien Chièze, rédacteur en chef de Gameblog. Ce dernier ne se définit pas comme journaliste bien que son site soit parfaitement semblable à ceux de ses concurrents, mais comme ménestrel. En effet, le jeune homme type jeune entrepreneur UMP fait également des ménages pour les éditeurs en vendant son image et ses services pour faire entre autres des animations dans les salons de jeu vidéo. La confusion des genres, pour ne pas dire le conflit d’intérêt, atteint donc avec lui son paroxysme. Voici l’émission dans son intégralité (rassurez-vous, si vous ne voulez perdre une heure quarante, je vais soulever les points importants par la suite).

http://www.youtube.com/watch?v=pGgiKodQsIc

Je ne vais pas tirer sur l’ambulance Julien Chièze, tout a déjà été dit à son sujet mais notez le titre taquin de la vidéo « Parfois il m’arrive de faire un travail journalistique ». Ce qui me frappe, c’est la « performance » des deux journalistes, que j’aime bien au demeurant. Mal à l’aise, totalement incapables de définir l’aspect journalistique qu’ils apportent dans leur traitement de l’info au-delà de leur sacro-sainte carte de presse, pour s’embourber dans des poncifs d’éthique, de déontologie et de méthode de travail à un point que cela en devient gênant. Mais ce qui m’a le plus déçu, c’est ce foutu corporatisme qui semble être congénital chez tous les journalistes.

Je dois vous parler du DoritosGate pour illustrer ce point. Pour faire court, tout est parti d’une image d’un journaliste Canadien au regard bovin, posant entre une affiche de jeu Microsoft et un paquet de chips dégueulasses Doritos bien mis en évidence. Ceci a provoqué la colère d’un journaliste écossais (Robert Florence) qui a violemment dénoncé tout ce qui n’allait pas dans le milieu de la presse vidéoludique : copinage, pub, sexisme…etc. Cette affaire a eu un écho retentissant car de nombreux joueurs se plaignent depuis longtemps du manque de transparence de cette presse. Cliquez sur l’image du bovin pour accéder à l’excellent article de MerlanFrit qui détaille bien mieux que moi tout ce que j’ai décrit jusqu’à présent.

Regard bovin et placement de produit éhonté (merlanfrit.net)

Ainsi lorsque Daniel Schneidermann (regardez les documentaires de Pierre Carles, tout cela prendra une autre dimension) les interroge sur le DoritosGate, Gaël Fouquet répond pour une fois avec aplomb qu’ils ne veulent pas traiter de l’actualité de la presse elle-même, parce que « ça n’intéresse pas les lecteurs ». Ça n’est pas vraiment à lui d’en décider mais admettons, après tout c’est la ligne éditoriale de son site. Il le répétera dans un entretien, toujours chez MerlanFrit :

« Oui, c’est intéressant, mais je ne suis pas certain que pour le lecteur qui vient s’informer sur le jeu vidéo ce soit si intéressant que ça. » (Gaël Fouquet)

 Peut-être était-il surpris qu’un autre journaliste mette en question ses choix éditoriaux et d’une manière plus générale, la pertinence de son travail de journaliste. En 1h40 d’émission il ne parviendra pas à expliquer ce qui différencie son travail de journaliste de celui des rédacteurs, alors que son site jouit d’une bonne réputation (à mon sens méritée), même s’il avoue dès le début ne pas être totalement indépendant par rapport aux annonceurs. Il a le mérite d’être honnête à défaut d’être convaincant. Il transparaît dans cette vidéo ainsi que dans toute la presse vidéoludique une condescendance voire un mépris pour les Youtubers qui bénéficient depuis quelques temps des privilèges et petits cadeaux qui leur étaient jusqu’à présent réservés. Ils mettent en garde leurs lecteurs contre ces nouvelles stars (éphémères ?) du jeu vidéo, expliquant à raison, que ce sont des amateurs ou presque à qui il ne faut pas accorder trop d’importance car les risques de collusion et de corruption, pour employer un bien grand mot, sont importants. C’est tout à fait vrai, mais je pense que la plupart de lecteurs sont au courant. Si vous regardez les émissions de Cyprien Gaming, comment imaginer un seul instant que ce mec est impartial et ne touche rien de la part des éditeurs ? C’est vrai pour tous les autres. Mais il faudrait rappeler aux journalistes que c’est avant tout vrai pour eux. L’immense majorité des Youtubers rémunérés par la pub ne gagnent pas de quoi se payer un paquet de clopes à la fin du mois, et pourtant ce sont ces mecs-là qui collent les chocottes à toute la presse. Les visiteurs continuent d’affluer sur leurs sites, mais leurs revenus publicitaires (et donc leurs revenus tout court) chutent parce que les éditeurs ont compris qu’il était plus économique d’envoyer leur jeu à une centaine de youtubers populaires qu’inviter 50 journalistes dans un hôtel de luxe pour leur faire essayer leur nouveau jeu. Bon, ils le font tout de même avec les plus « gros » youtubers, qui sont donc conviés aux présentations presse… avec ces mêmes journalistes. Il doit y avoir la même ambiance qu’il y a 10 ans lorsque les journalistes web devenaient majoritaires dans les événements presse par rapport au journalistes « papier »… Je ne dis pas ça innocemment, il est en train de ce produire une nouvelle révolution, mais les victimes sont cette fois ceux qui avaient profité de la chute de la presse papier. À eux de se remettre en question, prendre du recul sur leur propre travail et à se rendre à nouveau indispensables auprès des joueurs. Cela passera peut-être par un nouveau mode de financement, mais en tout cas, c’est à eux et eux seuls que revient la tâche de pérenniser leur profession.

Pas mal comme conclusion, non ? J’aurais pu m’arrêter là et je vous aurais fait perdre du temps avec un billet qui ne serait qu’une pâle copie d’articles qui ont traité ce sujet bien plus en profondeur, en donnant la parole aux différents acteurs du débat. « Ah parce ça va être encore long tes histoires ? Déjà que ça ne m’intéresse qu’à moitié et que je lis ça pour te faire plaisir… » Non ce ne sera pas long. Mais au moins j’ai du neuf ! Et merci d’avoir tenu jusque là au passage.

Je disais au début du billet que l’actualité avait volé à mon secours. Eh bien oui, un nouveau scandale agite les mêmes acteurs. Microsoft aurait payé des utilisateurs de Youtube pour dire du bien de leur nouvelle console. Voilà qui en remet une couche à la communication désastreuse de Microsoft dont je vous avais déjà parlé. Quelle ne fut donc pas ma surprise d’avoir découvert l’info… je vous le donne Émile… à la une de Gamekult.com ! Vous vous souvenez, ceux qui estimaient que le DoritosGate n’intéressaient pas leurs lecteurs ! Et c’est l’information du jour sur tous les sites de jeux vidéo français ! Gamalive (site que j’apprécie tout particulièrement pour son ton) révèle à son tour qu’Electronic Arts (l’un des plus gros éditeurs) en aurait fait de même.

J’ai donc réalisé une mini-expérience parmi mes sites préférés. S’ils en ont tous parlé, avaient-ils évoqué le DoritosGate ? L’ont-ils au moins fait à cette occasion ? Et le résultat est édifiant :

Gamekult.com – Aucune mention du DoritosGate, justifié par la rédaction- Article en une pour le Youtube gate.

Gamalive.com – Aucune mention du DoritosGate – Article sur le Youtube gate et le EAgate

Jeuxvidéo.com – Aucune mention du DoritosGate – Article sur le Youtube gate

Donc des journalistes transformés en hommes-sandwich ça n’intéresse pas les lecteurs, mais des Youtubeurs payés par les éditeurs pour faire de la promo, c’est important. J’avoue ne plus voir très clair dans les lignes éditoriales. Si le Doritosgate est un non-évènement, alors en quoi le Youtubegate en est un ? Si ce n’est que cela ne concerne pas leurs confrères mais leurs concurrents. On notera au passage le ton employé par les journalistes pour traiter de cette brève :

« On feint la surprise : Microsoft aurait négocié un accord commercial (…) » (Gamekult.com)

« Et sinon, votre confiance dans les Youtubers, ces derniers temps, elle est comment ? » (Gamalive.com)

Ce sarcasme ambiant a quelque chose de tout à fait cynique, les mêmes qui refusent à raison d’entrer dans le jeu de ceux qui les accusent d’être corrompus semblent se réjouir de façon éhontée que ces pratiques touchent leurs concurrents qui n’ont même pas conscience de l’être. Je ne prends pas part pour les Youtubers, je ne fais pas partie de leur public et je n’ai jamais été assez naïf pour croire qu’ils n’étaient approchés par les éditeurs. Je ne suis pas non plus naïf au point de croire que les journalistes peuvent être achetés par les éditeurs, ce qu’il se passe avec les Youtubers n’aurait pas pu se passer de cette façon avec eux. D’où les soirées, les petits cadeaux, le champagne, les relations « amicales mais professionnelles » avec les attachés de presse, bref tout ce qui peut inciter journalistes et rédacteurs à l’auto-censure. Cependant à mon sens, ces derniers sont pour la plupart profondément sincères quand ils disent que cela n’entache pas leur liberté et leur indépendance. Il y aura bien sûr des pourris, mais la proportion est elle significativement différente sur Youtube et dans la presse vidéoludique ? Je n’en sais rien, mais voir des professionnels se réjouir des déboires des « petits » touchés par un semi-scandale (moi aussi j’ai feint la surprise lors du DoritosGate), ça me met mal à l’aise.

Je suis particulièrement déçu de Gaël Fouquet et Cedric Gasperini, qui sont deux journalistes que j’apprécie énormément. Ce dernier a même fondé Gamalive, site indépendant qui justement a défini sa ligne éditoriale aux antipodes du copinage et de la dépendance aux éditeurs, avec un ton impertinent et souvent juste. Cette non-affaire ne remet pas en doute cette ligne, mais j’attends beaucoup mieux de ces journalistes. Encore une fois c’est à eux à prouver qu’ils ont quelque chose de plus à apporter par rapport aux clampins de Youtube, c’est à eux à se rendre indispensables auprès des lecteurs par la qualité de leur contenu. Les lecteurs ne leur doivent rien. S’ils n’en profitent pas pour ce remettre en question dès maintenant au lieu de se complaire dans le sarcasme, j’ai bien peur qu’ils subissent bientôt le même sort que la presse papier.

Mise à jour : Pendant que j’écrivais maladroitement ces lignes, Gamekult a publié un démenti de Microsoft et le précédent article a disparu de la page d’accueil du site (mais reste toujours disponible). Microsoft est constructeur de consoles, développeur et éditeur de jeux. Je n’insinue rien, mais le communiqué échappe cette fois au sarcasme du journaliste. Faudrait pas se fâcher avec un client…

Nouvelle mise à jour : Après coup, il me semble important d’ajouter un petit élément à la relation d’inter-dépendance entre la presse et les éditeurs. En effet, si l’on a bien compris que les éditeurs ont un grand pouvoir auprès de la presse en leur fournissant régulièrement de l’« info » et en achetant les encarts publicitaires, la presse elle-même a un grand pouvoir sur les éditeurs. En effet, les notes données aux jeux par les rédacteurs (oui, oui comme à l’école) sont capitales pour ces derniers. Il existe même un agrégateur regroupant des centaines de critiques mondiales (pour les jeux mais également les films, séries télé et autres « produits culturels ») selon un algorithme complexe et opaque (tiens tiens) et donnant aux jeux une note définitive sur 100, censée représenter un consensus. Tous les sites ne sont pas pris en compte (sur quoi se basent-ils pour choisir leurs sources et établir leurs pondérations ? ) et il est à noter que ce site est propriété du groupe de médias américain CBS (oh tiens, comme Gamekult). La note Metacritic est devenue capitale pour les éditeurs : une note décevante et c’est l’action qui chute, un studio qui ferme… parfois pour un point sur cent ! On comprend donc mieux pourquoi les éditeurs ont tant besoin de chouchouter les rédactions, rendant le vieil adage du marketing « en bien ou en mal, l’important c’est qu’on en parle » totalement obsolète.

C’est le moment de changer de console (mais ce n’est pas ce que vous croyez)

Je suis de retour, et j’en profite pour vous souhaiter une bonne et heureuse année ! Un longue panne d’internet suivie d’une période des fêtes chargée (dans tous les sens du terme) m’ont empêché de mettre le blog à jour comme je le souhaitais. L’une de mes bonnes résolutions sera de maintenir le rythme d’un billet par semaine (le lundi a priori, considérez l’article qui suit comme une avant-première). Bonne lecture et ne résistez surtout pas à l’envie de réagir !!!

Que vous suiviez de près, de loin ou pas du tout l’actualité des jeux vidéo, difficile de ne pas avoir entendu parler des deux énormes sorties à la fin novembre de la PlayStation 4 (PS4) et de la XBox One (X1, abréviation maison). À croire que finalement, l’état de la France, et du reste du monde, n’est pas si catastrophique que ça, étant donné que les deux consoles se sont vendues à plus de 2 millions d’exemplaires chacune en moins de trois semaines. On attend les résultats des ventes sur la période des fêtes, mais sauf grosse surprise, les deux machines vont cartonner. On parle tout de même de machines à 400 € chez Sony et 500 € chez Microsoft. Et à ce prix-là, vous avez le droit à une manette, la console et… c’est tout. Les jeux et accessoires sont à acheter séparément et vos vieux jeux PS3 et XBox360 ne peuvent pas tourner dessus. Mais alors, si ça se vend si bien, c’est qu’il doit y avoir une bonne raison, non ? Et du coup, pour moi aussi il est temps de changer de console ? Eh bien oui. Je vais développer cela en 3 temps : présentation des nouvelles consoles, les jeux, et enfin mon choix. Je rappelle que ce blog s’adresse à tous, et pas seulement aux geeks, technophiles et pros de l’industrie du jeu vidéo. J’invite ces derniers à donner leur avis, suggestions ou analyses dans les commentaires. Pour tous les autres, je vais tâcher d’être clair, concis, sans pour autant enfoncer des portes ouvertes ou vous faire un descriptif simpliste, pour ça il y a les sites d’infos généralistes.

1. Les machines

Lire la suite C’est le moment de changer de console (mais ce n’est pas ce que vous croyez)

[Suite] Un autre smartphone est possible ( ? )

De justesse je me tiens à mon objectif de publier un billet tous les lundis !

J’en profite pour vous  remercier pour vos retours (surtout sur Facebook) et pour avoir partagé vos expériences et des alternatives concernant le sujet de la semaine dernière. Merci en particulier à Juliette et Richard, je vais partager dans ce court article les liens qu’ils m’ont transmis, histoire de faire avancer le débat.

On commence par une mauvaise nouvelle…

Le  projet de loi visant à lutter contre l’obsolescence programmée a été vidé de sa substance

Le projet de loi proposé au Sénat par le groupe EELV n’a pas survécu en première lecture au paradis des lobbyistes, le Sénat. Au passage l’Irlande a bien failli se débarrasser du sien, de Sénat, lors d’un référendum organisé vendredi dernier.

Les mesures contraignantes passent à la trappe, laissant seulement des mesurettes visant à obliger les fabricants à communiquer la durée de vie de leur produits. Bien peu, difficile à contrôler, bref, tout cela est bien décevant mais peu surprenant.

Tout n’est pas si négatif cependant, avec deux exemples qui prouvent (ou ne demandent qu’à prouver qu’une alternative dans le monde des smartphones est possible.

Phonebloks, le smartphone Lego (contribution de Richard)

Le concept de Phonebloks est tout simple : construisez vous-même votre smartphone. Chaque fonction est contenue dans un bloc, batterie, processeur, appareil photo, etc… Pas envie de payer pour des fonctions dont vous n’avez pas l’utilité ? Vos besoins ont changé ? Vous voulez donner une nouvelle jeunesse à votre téléphone ? Tout est modulable.

Surfant sur la vague du crowd-funding (financement par les utilisateurs), les créateurs ont encore trois semaines pour réunir les 2 % manquants et réussir à convaincre quelques clients potentiels supplémentaires. Le projet va donc très certainement devenir réalité.

Si vous souhaitez obtenir des informations, voire même participer au financement de Phonebloks, c’est ici que ça se passe.

 

 

 

Fairphone, le smartphone responsable (contribution de Juliette)

 

Autre projet tout aussi intéressant, et qui lui en est déjà à la phase de production : Fairphone. Comme son nom l’indique, il s’agit d’un appareil responsable. Vous savez d’où proviennent les pièces, où

Mais qu’a-t-il dans le ventre ? Pour faire vite : processeur quad-core, 16 Gb de mémoire interne, double carte SIM, appareil photo 8 mégapixels, écran 4,3 pouces, Android Jelly Bean… rien à redire. il est assemblé, ne contient aucun matériau dangereux etc… Bref, un téléphone respectueux de l’humain et de l’environnement, une initiative à saluer.

Son prix : 325 euros pour un téléphone nu non bloqué, garanti deux ans…

 

urs d’utilisateurs sont bons (rappel : laissez les autres essuyer les platres !!!) ce pourrait bien etre mon prochain smartphone.  Il a en effet tout ce que j’attends :Les premières livraisons sont prévues pour décembre, et si les reto

  • Android 4.2 Jelly Bean
  • Batterie remplaçable
  • Double Sim
  • Port pour carte micro SD

Pour en savoir plus, c’est par ici.

(Note : j’écris sur un clavier italien, pardon d’avance pour les accents manquants, le circonflexe est absent de la langue d’Umberto Tozzi. Je corrige ça dès que possible !)

L’obsolescence programmée des iPhone

Certains d’entre vous ont sans doute vu l’excellent reportage Cash Investigation sur l’obsolescence programmée des appareils de consommation courante : TV, électroménager, et téléphones. Pour ceux qui seraient passés à côté, courez voir ça ici (accessible hors de France) : http://vimeo.com/44189222

Petite parenthèse, cette émission sert pour moi de référence à ceux qui se demandent à quoi bon payer la redevance télé pour avoir des rediffusions de Derrick, le nabot Pujadas avec sa brosse à reluire intégrée tous les soirs à 20h et de bonnes émissions annulées (Taratata pour ne citer qu’elle). Si ces critiques sur le service public audiovisuel sont fondées, Cash Investigation fait (malheureusement) figure d’OVNI dans le PAF : des journalistes teigneux qui vont poser les questions qui dérangent. Il suffit de voir les malaises provoqués par le sujet sur le football et le lobby du tabac auprès des parlementaires. Bref, c’est le genre de concept et de ton qu’on aimerait voir plus souvent sur nos chaines publiques.

Alors qu’entend-t-on par obsolescence programmée ? Souvent reléguée au rang de légende urbaine ou de théorie du complot néo-capitalisto-consumériste, la durée de vie de vos appareils volontairement raccourcie par les fabricants est pourtant bien une réalité. Cependant, pas de « puce » qui fera « sauter » votre machine à laver pile poil trois jours après la fin de la garantie, mais plutôt des astuces de conception qui réduiront considérablement cette durée de vie.

Le cas des smartphones est encore plus pernicieux, car au-delà de la conception, de la fabrication et du choix des composants, je vous propose d’esquisser deux axes supplémentaires qui rendront votre fidèle iPhone totalement dépassé en un temps record. J’appuierai mes conclusions sur des exemples personnels (ce qui ne donne aucune valeur à cet article !) mais également des sources plus sérieuses !

Je ne me lancerai pas dans la guéguerre des mobiles, je m’en contrefiche et je n’ai absolument aucune envie d’être le porte-parole d’une marque plutôt qu’une autre, et surtout pour pas un rond ! L’exemple de l’iPhone est plus ou moins valable pour tous les autres fabricants.

Le dénominateur commun : un bon design et une fabrication au rabais

Source : ifixit.com

Comme 9 millions de personnes en un weekend, vous avez peut-être craqué pour le nouvel iPhone (5S ou 5C), et contrairement aux prix déments annoncés dans la presse pour les appareils « nus » (sans abonnement), vous avez sans doute opté pour un nouvel abonnement auprès des opérateurs majeurs. Vous êtes donc au top de la mode et des nouvelles technologies. Bien. Mais pour combien de temps ?

Votre nouvel iPhone est beau, design sobre ou coloré, de l’extérieur tout respire la qualité qui fait partie des arguments de vente de la marque, mais quid de l’intérieur, des composants ? Car oui, votre iPhone dont le design élégant provient bien des bureaux de Cupertino, est, comme tous les autres smartphones sur le marché, fabriqué en Chine et rempli de composants au rabais. Le dernier né de la gamme ne déroge pas à la règle, comme l’ont montré les petits gars d’iFixit qui l’ont déjà démonté.

Hors casse due aux chocs ou à une utilisation négligente, la première cause de panne matérielle des smartphones est la batterie. Tout le monde a déjà constaté des baisses de performances de la batterie de son smartphone, oh rien de bien affolant, mais nombreux sont ceux obligés de se balader avec leur chargeur pour éviter de se retrouver à plat avant même la sortie du bureau. L’iPhone est sûr ce point ni mieux ni plus mal loti que ses concurrents. Mais que se passe-t-il quand il ne tient plus du tout la charge ? Que vous n’êtes plus couvert par aucune garantie ? Facile, vous allez acheter une nouvelle batterie ! Raté ! Vous n’avez bien entendu pas accès à la batterie sans démonter l’appareil. Qu’à cela ne tienne, direction la boutique votre gentil revendeur (agréé ou non) vous conseillera de vous adresser directement à Apple (qui vous facturera la réparation à un prix rédhibitoire), ou vous proposera de le faire lui-même pour un prix aussi rédhibitoire (mais un peu moins). Dans tous les cas, l’utilisateur sera incité, explicitement ou non, à souscrire un nouvel abonnement avec un téléphone neuf au prix de la réparation. Belle affaire, voilà le consommateur heureux, reparti avec un téléphone neuf (et un abonnement de 24 mois, même en cas de décès).

J’ai connu ce genre de mésaventure avec mon Samsung Galaxy S2 : batterie qui devient faiblarde et qui, un beau jour, décide de ne plus fonctionner du tout. Le téléphone s’éteint avec plus de 50 % de batterie restante, et ne se rallumera qu’une heure plus tard avec 11% de batterie, très instable, brûlant comme le désir de F. Fillon devant un électeur du Front National, avant de planter de nouveau. Une seule solution : une recharge complète. Pendant deux semaines, le problème se répétera de façon aléatoire. Garantie expirée et n’ayant pas d’abonnement, me fallait-il me résoudre à envoyer mon téléphone à la poubelle après seulement un an et demi d’utilisation ? NON !!! D’un geste élégant je retire le cache en plastique moche (qui fait bien rire les possesseurs d’iPhone) à l’arrière de mon appareil, et là, miracle, j’ai accès à ma batterie. Ni une ni deux, je cours chez mon revendeur, achète une batterie Samsung à 20 €, et voilà mon téléphone qui repart comme en 40 ! (enfin comme en 2012…). Vingt euros, pas de forfait, pas d’engagement.

Cette solution n’est cependant pas impossible pour les iPhone, mais vous demandera de la patience, des outils spécifiques, vous coûtera XX $ et pas mal de sueurs froides, et aucune garantie de résultat, l’appareil n’étant pas vraiment (ou vraiment pas) fait pour être trifouillé.

On voit donc bien le premier obstacle pour le consommateur : des composants bas de gamme made in China qui très vite fonctionne mal voire plus du tout, et pour la plupart très difficiles à remplacer. Il faut d’ailleurs noter que les fers de lance d’Android ont également cédé à cette désagréable manie de rendre la batterie inaccessible, le Nexus 4 et le HTC One pour ne citer qu’eux.

L’obsolescence logicielle

C’est pour moi LA raison qui m’a poussé vers la concurrence. Laissez-moi vous raconter l’histoire de mon iPhone 3G.

Mon iPhone 3G, livré avec le système d’exploitation iOS 3 fonctionnait à merveille lorsque je l’ai acheté en 2009. Vite dépassé par le nouveau modèle 3Gs et bientôt l’iPhone 4, il tenait cependant la route. Et puis en Novembre 2010, enfin, j’ai également droit à la dernière mise à jour du système d’exploitation d’Apple: iOS 4. Téléchargement, installation, j’ai hâte de tâter de ce nouvel iOS qui me donnera l’impression d’avoir changé de mobile gratuitement. Et là, c’est le drame. Le téléphone est horriblement lent, la moindre action de base (appel, SMS…) prend un temps fou dans le meilleur des cas et plante purement et simplement le reste du temps. Je ne suis évidemment pas le seul à rencontrer ces problèmes, et face à la grogne des utilisateurs, Apple dégaine un patch (correctif pour résoudre les problèmes). Ce correctif améliore notamment les performances. Tiens tiens, ils avaient donc une marge de manœuvre sur les performances de leurs anciens téléphones. Auraient-ils espéré que las, les consommateurs craquent pour les nouveaux modèles ? Vous savez, celui qui permet de faire des recherches à la voix qui vous répond ! (J’y reviendrai dans ma dernière partie). Mais à trop tirer sur la corde et en rendant leur anciens modèles totalement inutilisables, c’était bien calculé mais très mal dosé. Le correctif rendit donc à mon 3G une utilisation normale, quoique plus lente qu’avec iOS 3. Pourquoi ne pas revenir à ce dernier alors, si les évolutions sont minimes et les performances meilleures ? Tout simplement parce que petit à petit, toutes les dernières mises à jour des applications courantes (Facebook, Twitter, LeMonde.fr, etc…) ne fonctionnent qu’avec iOS 4, ou bien sont tellement adaptées aux nouveaux modèles, que les anciens ont du mal à les faire tourner (chargement long comme un discours de Jean-Marc Ayrault, plantages et autres fonctions non disponibles). Résultat, si je veux utiliser mon 3G aujourd’hui, je ne peux… rien faire du tout. Quasiment aucune des applications majeures ne fonctionne convenablement.

J’adresse donc ici un avertissement aux possesseurs d’iPhone 4 tentés de migrer vers le dernier iOS 7 (possible et proposé par Apple), LAISSEZ LES AUTRES ESSUYER LES PLÂTRES !!! Et on me souffle dans l’oreillette que je ne suis pas le seul à prôner la prudence : risques de lenteur (déjà beaucoup d’utilisateurs mécontents sur les forums) et consommation énorme de la batterie. Sans nul doute Apple sortira un correctif dans les semaines à venir, donc renseignez-vous bien à ce moment-là ! De toute façon, pour les utilisateurs d’iPhone 3Gs et 4, préparez-vous à changer de mobile sous peu, mise à jour ou non, vos applications préférées deviendront inutilisables dans les mois à venir. Peut-être vous laisserez-vous tenter par un nouveau forfait ?

Voici donc la deuxième obsolescence, qui rend votre appareil de plus en plus lent, à la batterie (toujours non remplaçable) qui se vide de plus en plus, et vous rend vulnérables aux sirènes du marketing… qui constitue mon dernier point.

La mode et l’envie

Ne nous mentons pas, l’iPhone ne constitue plus depuis longtemps un objet adulé des geeks. Son interface intuitive, son joli design, et ses publicités stylées en ont fait un accessoire de mode inévitable. Mieux, chaque changement de modèle introduit un nouveau signe extérieur de richesse, comme la dernière voiture à la mode ou l’écran TV toujours plus plat. Inconcevable donc dans certains milieux de sortir son vieil iPhone 3Gs qui marche pourtant très bien et qui répond à 100 % des besoins de son utilisateur, sans ressentir un certain embarras. Vision caricaturale, bien sûr, mais tellement éloignée de la réalité ?

Toujours est-il que le marché des smartphones atteint ses limites en termes de puissance nécessaire. Hormis pour certains jeux gourmands en ressources (qui concernent un public très restreint, comparés au géants Angry Birds, Candy Crush et consorts), il n’y a aucun besoin de puissance supplémentaire.

En effet, selon l’enquête de l’ARCEP de décembre dernier portant (entre autres) sur l’utilisation des smartphones par les Français, au-delà des appels et messages classiques, l’usage courant est sans surprise : navigation sur internet, email, et téléchargement d’applications pour seulement 21 % d’entre eux. On comprend donc que les smartphones d’il y a 3-4 ans remplissaient déjà totalement ces rôles.

Les innovations se font de plus en plus rares et de plus en plus « gadget » : Siri, photos panoramiques, gyroscope… Quand même pas de quoi justifier d’un besoin de changement. Oui mais voilà, Apple en particulier veut susciter l’envie. Il n’est pas rare d’entendre l’un de vos proches déclarer « Ah mais moi de toute façon j’ai BESOIN d’un iPhone pour mon boulot. ». « Ah vraiment ? Tu as besoin de quoi ? ». « Bah j’ai mes mails et mon carnet d’adresse synchronisés avec mon MacBook. ». Pas d’application pro disponible uniquement sur l’AppStore, pas de fonctionnalité uniquement offerte par Apple. Votre proche a tout simplement besoin d’un smartphone. iPhone, Android ou Windows Phone, tous répondent à 100 % des besoins de 95 % des utilisateurs (chiffres maison, pas la peine de me demander la source). La pression sociale, le dernier gadget qui va permettre de frimer devant ses potes, le nouveau design sobre/coloré selon les goûts, ça ne justifie en rien l’achat d’un nouveau téléphone et bien souvent de l’abonnement entubatoire qui va avec. Au final, rien d’autre que l’envie ne motive l’achat du dernier terminal à la mode (c’est valable aussi pour Android, évidemment, pourquoi prendre le dernier Xperia si son Galaxy S2 se porte comme un charme ?).

Le consommateur doit donc faire face à trois éléments très distincts et qui vont attaquer de front 3 faiblesses : sa méconnaissance technique et le manque d’informations (peut-on vraiment reprocher à l’utilisateur lambda de ne pas être ingénieur en électronique ?), la lassitude face à un produit qui marche de moins en moins bien au fil du temps (dû au logiciel et non au matériel), et enfin les sirènes du marketing qui fournissent leur lot d’argument futiles pour vous faire repasser à la caisse beaucoup plus vite que prévu.

Depuis sa transplantation de batterie, mon Galaxy S2 se porte à merveille, je ne suis pas un grand fan de Samsung et je me tournerai sans doute vers une autre marque pour mon prochain appareil. Je ne veux absolument pas de forfait et donc achèterai sans doute mon prochain smartphone « nu ». Je pourrais d’ores et déjà me commander un Nexus 4, un excellent smartphone à 200 € qui fait tout aussi bien voire mieux qu’un iPhone. Seulement, je n’en ai pas besoin. Je ne ferais strictement rien de plus qu’avec mon appareil actuel. Je préfère attendre qu’il me lâche, complètement, qu’il n’y ait plus rien à faire, et d’une manière générale, je ne me jetterai jamais, jamais, sur un appareil qui vient de sortir (TV, console, PC, téléphone, OS…). Laissez les autres essuyer les plâtres. Prenez un tout petit peu de temps pour vous renseigner sur le produit dans lequel vous allez lâcher plusieurs centaines d’euros.

Les pouvoirs publics se sont emparés du sujet et une proposition de loi a même été déposée au Sénat en mars dernier. Affaire à suivre donc, mais il est déjà clair que les autorités veulent que le consommateur soit mieux informé, à défaut de contraindre les fabricants à lutter contre ce phénomène très difficile à quantifier. Plus que jamais, pas d’excuse pour vous faire pigeonner, mais si c’est le cas, faites-le en toute connaissance de cause !

Pourquoi j’ai arrêté de bosser (gratuitement) pour Twitter

Si comme moi vous êtes un utilisateur assidu de Twitter sur Android, vous avez sans doute été incité à participer au programme de beta test de l’application mobile.

Alors, le beta test, qu’es aquo ? Vous obtenez l’accès à une version de l’application en phase (presque) finale de son développement. Elle n’est pas terminée et certaines fonctionnalités peuvent ne pas répondre correctement. C’est justement là que vous entrez en scène. Twitter vous demande d’utiliser l’application comme vous le faites d’habitude (lecture, envoi de tweets, retweets, mentions, etc…) et met à votre disposition une fonction supplémentaire : Report a bug (en Anglais dans le texte, ce qui, pour pinailler, est déjà un bug en soi), signaler un problème en bon Français, pour faire remonter aux développeurs les éventuels problèmes que vous rencontrez.

J’ai donc endossé pour vous, public, ce rôle de beta testeur, qui, comme je vais tenter de le démontrer, porte bien son nom,  afin de voir ce que Twitter attendait exactement de ces gentils utilisateurs volontaires. Et je n’ai pas été déçu.

La procédure est simple, vous suivez le lien qui vous propose de participer à « La grande expérience de Twitter » et vous appuyez sur le gros bouton bleu :

Source : http://www.androidcentral.com/twitter-opens-google-play-beta-testing-willing-participants

Sur cette image, Twitter ne vous prend pas en traître et vous explique que vous allez recevoir des nouvelles versions de l’application (dans le jargon, des builds) par le biais de mises à jour, et vous prévient que ces dernières peuvent s’avérer instables et contenir des bugs (ceux-là mêmes que vous allez devoir pister, identifier et signaler).

Après avoir accepté les conditions d’utilisations usuelles, qu’évidemment personne ne prend le temps de lire et qui donnent votre accord pour léguer tous vos biens, votre âme et votre grand-mère à Twitter, ça y est, vous avez l’honneur et l’avantage d’être un testeur pour Twitter ! Alors heureux ? Évidemment que vous êtes heureux, Twitter vous fait un cadeau incroyable : vous allez pouvoir utiliser avant tout le monde les nouvelles fonctions, voir le nouveau design (plutôt réussi à mon goût), mais surtout, vous faites partie de l’équipe ! Certains s’en vantent même sur les forums…

Après cinq minutes d’utilisation, BIM ! un bug ! Et évidemment, déformation professionnelle, c’est un bug de localisation (traduction et adaptation d’un logiciel) : en effet, l’onglet de votre profil s’appelle « Me », et n’a donc pas été traduit en Français. Je suis donc la procédure : bouton en haut à droite, Report a bug. S’ouvre alors votre logiciel de messagerie avec un e-mail pré-rédigé qu’il ne vous reste qu’à remplir, et qui se présente ainsi (les phrases en gras sont celles que j’ai remplies, et les traductions sont en italique) :

À : twitter-for-android-experiment@twitter.com;

Objet: Bug: Twitter for Android v1000428 (com.twitter.android)

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Thanks for filing a bug! (Merci de nous signaler un bug !)

Summary (Résumé): Dans l’onglet du profil, le titre n’est pas traduit en Français.

Steps to reproduce (Étapes à reproduire): Ouvrir l’application, faire glisser l’écran vers la droite jusqu’à atteindre l’onglet du profil, constater le problème.

Expected results (Résultats attendus): Le titre de l’onglet devrait être localisé en Français : « Moi ».

Actual results (Résultats obtenus): Le titre de l’onglet est :  « Me ».

Une fois mon rapport de bug rempli, j’envoie mon mail et ça y est ! Je viens de travailler gratuitement pour Twitter !!!

En effet, ce petit protocole est tout simplement le quotidien de testeurs, de vraies personnes qui travaillent, et qui, horreur, touchent un salaire pour faire exactement cela. Ils sont payés pour « tordre » une application dans tous les sens, faire tout ce que l’utilisateur final  peut possiblement faire, et faire remonter les problèmes aux développeurs. Seulement, bien tester une application/un jeu ça prend du temps, et le temps… exactement.

Twitter court-circuite donc la phase finale de son contrôle qualité, en la faisant faire par ses utilisateurs tout en leur donnant l’impression d’être des privilégiés. Rendez-vous compte ! Vous travaillez gratuitement pour Twitter, mais en plus vous en êtes content ! Voire fier, même ! N’est-ce pas là le fantasme de tout bon esclavagiste ? Un serviteur dévoué, zélé, qui ne coûte rien, et qui en plus est ravi de cette situation !

Évidement, le pigeon ciblé est le technophile, celui qui va être motivé par la carotte de l’avant-première (carotte bidon d’ailleurs, les nouveautés se comptent sur les doigts d’une main de lépreux) et qui prendront sur leur temps libre pour remplir cette tâche avec beaucoup de sérieux et d’application. Ce n’est pas mon cas, et j’ai donc mis un terme à ma collaboration volontaire (mon bug a bien été corrigé dans la build suivante).

Mais alors, si tout le monde est content, le beta testeur et Twitter, où est le problème ? Les plus cyniques et les plus libéraux d’entre nous se satisferont de ce procédé qui fonctionne, ne coûte pas un rond, et permet même de faire des économies. Les autres trouveront peut-être que le procédé est moralement discutable, et que le testeur indéniablement bêta, ne se rend pas compte de la portée de ce genre d’entourloupe qui ferait passer les abus des stages en entreprise pour des œuvres caritatives.

N’oublions pas que si un service est gratuit, c’est que l’utilisateur et ses données sont le produit. Rien de bien nouveau sous le soleil donc, pas la peine de hurler contre la grande machine capitaliste du diable, pas de quoi ériger des barricades, mais une bonne occasion de vous rappeler de ne pas faire n’importe quoi sur internet ! Personne ne vous oblige à le faire, vous n’avez pas d’excuse pour être bêta.